• Voyage avec Odette

     

     

    Mardi, c’est le jour du cinéma. Le choix du film m’incombe. J’opte pour  Odette Toulemonde, portrait d’une femme résolument optimiste, un brin étrange, qui rêve dans les livres d’un auteur qu’elle rêve de rencontrer. C’est ce que je dis en exergue de la projection à une dizaine de personnes désorientées, plus communément désignées comme atteintes de la maladie d’Alzheimer. Une dizaine de spectateurs sont placés sur deux rangs. Je consigne les réactions des personnes les plus expressives.

                               Odette Toulemonde : Photo Catherine Frot, Eric-Emmanuel Schmitt

    La majorité des spectateurs suivra jusqu’à la fin, avec de courtes périodes de somnolence pour certains. La musique, les chansons, les rebonds de l’histoire génèrent du mouvement dans les fauteuils. Une personne, veuve depuis peu, décolle du dossier, se penche en avant quand Odette montre les photos de son mariage.

    …Le spectateur réagit constamment à ce qu’il voit à l’écran. L’œil prend contact et est contacté. Les scènes animées sur l’écran réveillent des images et des représentations endormies dans notre for intérieur. Le film ratisse l’histoire et les expériences accumulées du spectateur…

     

                                         Odette Toulemonde : Photo Catherine Frot, Eric-Emmanuel Schmitt

     

    Une autre personne ressent fort les humeurs, les situations. Elle s’évade volontiers dans un monde imaginaire, voire poétique, qui n’appartient qu’à elle. Elle applaudit lorsqu’Odette s’envole, joyeuse. « Elle monte, elle monte, elle est contente.» Ses yeux brillent. Vers la fin, quand Odette et l’écrivain tournent autour du pot sentimental, la posture change. La tête file sur la droite, le regard exprime une nostalgie rêveuse qui se mue en tristesse, le torse penché en dehors de l’axe de l’écran. Puis elle sort de sa langueur et reprend le cours du film, avec moins d’attention. Elle baille, paraît détendue, comme si elle avait tiré le suc de  l’état dans lequel le film l’avait menée.

    …     

    …Le cinéma remue l’inconscient autant qu’il provoque l’apparition de figures signifiantes au contact des images animées. La vision d’un film s’accompagne de sensations, signaux d’un émoi psychique. Selon que ces sensations émanent d’une plongée à l’intérieur de soi ou qu’elles proviennent d’un contact plein avec ce qui est projeté sur l’écran, il s’ensuit un mouvement intra ou extra psychique… Le cinéma, une douce thérapie, Éd. Chronique sociale

     

    La littérature scientifique déconseille la projection de film aux personnes atteintes de troubles neuro-dégénératifs. Encore une assertion qui vole en éclats. La conscience sensible des spectateurs réagit à défaut de la conscience pensante. Le cinéma exhume très bien les émotions enfouies, génère de la résonance émotionnelle. C'est gai de s'inscrire à contre courant du fatalisme qui nimbe la maladie d'Alzheimer.

     

    Les impressions du corps peuvent réveiller de vrais souvenirs, c’est-à-dire des traces retrouvées dans l’élan même de l’expérience vécue, sans que l’exercice de la volonté y prenne part absolument, p.13, L’énigme de la mémoire, CNRS Éditions.

     

                           La semaine prochaine, j’essaie une comédie musicale.

     

     


  • Commentaires

    1
    Lola
    Jeudi 5 Septembre à 15:23
    génèrent du mouvement dans les fauteuils
    2
    Lola
    Jeudi 5 Septembre à 15:24

    Je me demande si vous obtenez des films pour une critique? De tels sites https://fullfilmstream.net/divers/ ou YouTube? 

    3
    Jeudi 5 Septembre à 17:23

    Il y a longtemps que je suis décalé de l'actualité des sorties. Je parle essentiellement des films sur grand écran. La salle, c'est le meilleur endroit pour vivre un film

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