• Vive la vie !

     

    Impossible d’échapper à la commémoration des funestes événements du 22 mars 2016. Non que je veuille me soustraire à l’hommage aux victimes, mais j’estime que consacrer l’intégralité de la journée (via la radio et la télévision) à revivre heure par heure des événements horribles nous plonge dans une vibration morbide là où la vie a repris le dessus depuis belle lurette. Il y a un an, j’écrivais un article sur Médecin de campagne. Je citais François Cluzet, entendu à la radio, laissée en fond après l’annonce de la première explosion :

    "Il y a des salauds et des cons un peu partout, en attendant il y a des gens magnifiques et je pense que la vertu principale de ce film est la fraternité."

    Ce rôle de médecin dévoué l’avait aidé à devenir « bon ». Trois jours plus tard, j’étais avec nos petits-enfants. Nous avons feuilleté le journal et nous avons commenté les photos de l’aéroport et du métro. J’avais reproduit l'échange sur ce blog. Je répète les vertus de la parole à distance des médias surchauffés.

    Parler tempère l’angoisse, la résorbe. Suivre le rythme de l’enfant, l’inviter à dire son émotion puis l’aider à comprendre ce qu’il a vu ou entendu. Lui demander ce qu’il a imaginé en entendant la radio ou en regardant les images, pas nécessairement ce qu’il a vu ou entendu. Dire aussi ce que nous, adultes, nous ressentons, nous pensons. L’enfant s’identifie au parent et se sent en confiance  pour dire ses sentiments. Exprimer ses peurs et le choc atténue l’effet de la violence.

    Fraternité, famille, solidarité, transmission, ce sont les mots que j’ai envie d’énoncer aujourd’hui, comme des fleurs fragiles qu’il faut arroser continuellement sous peine de perdre foi en l’Homme.

    lion lion (22 février)

    Plutôt que de pleurer longuement, je penserai intensément à toutes les victimes d’attentats dans le monde, au moment voulu, dans une journée au ciel bleu et au soleil éclatant. Je penserai également à ce petit garçon de cinq ans perdu dans Calcutta, livré à lui-même et victime désignée de prédateurs. Saroo survit grâce à son instinct et à sa détermination.

    « Quel enfant magnifique, dit une spectatrice de Lion.On aurait envie de partir là-bas et d’adopter un des ces petits.»

    D’autres spectateurs sortent du film avec la migraine. Une grand-mère n’arrive pas à parler tellement elle est émue. L’histoire vraie de Saroo, portée à l’écran, finit bien. Un couple australien adopte le petit. Devenu grand, il ne résiste pas à l’appel du pays natal. Le voyage s’impose pour se défaire de la culpabilité d’être sorti de la misère et d’avoir abandonné sa mère et son grand frère. Comme la plupart des enfants adoptés, Saroo cherche ses racines, tiraillé entre la reconnaissance envers sa famille d’adoption et la loyauté envers sa famille biologique.

                                                                            Photo du film Lion - Photo 24 sur 25 - AlloCiné

    Je vous raconte cette histoire aujourd’hui parce qu’elle parle de fraternité, de don de soi, de survie réussie dans un environnement hostile. Je vous parle de Lion parce que ce premier film vibre très haut. C’est de cela que nous avons besoin : de bonnes vibrations pour nous élever à la hauteur de ce prodigieux cadeau que représente une vie terrestre si on en respecte l’intégrité initiale.

    Les deux producteurs australiens du film se sont battus quatre ans pour monter ce film dédié aux quatre-vingt mille enfants qui disparaissent chaque année en Inde. Ils espèrent convaincre l’opinion publique de soutenir les organisations d’aide locales. En tout cas, leur film remplit les salles, mouillent les mouchoirs. Cette fois, l’on pleure de joie aux retrouvailles de Saroo et de sa mère qui n’a jamais déménagé, entretenant l’espoir que son fils revienne un jour.  

    Il y aussi de belles histoires, qui redonnent l’espoir de jours meilleurs. Elles ne font pas la une des journaux, mais elles deviennent parfois un film. Ne boudons pas ces récits qui nous rendent légers. Rions, dansons, chantons, ce qui n’exclut pas de pleurer et d’honorer les personnes tombées au champ de la haine et de la destruction.

     

                                                              

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :