• Vies volées

     

     

    Mon cinéma ouvre ses portes aujourd’hui de 13h30 à 22h30. Des films programmés en octobre dernier et des avants –premières figurent à l’affiche. La salle art et essai de Namur défie l’interdit. La coordinatrice a prévenu le bourgmestre qui a informé la police. Le cinéma risque une amende, les spectateurs également. Les projections auront lieu dans le strict respect des mesures sanitaires en vigueur avant la fermeture de l’automne.

                                              Still standing for culture: intervention de la police au théâtre Monty, des spectateurs verbalisés

    Hier soir, les forces de l’ordre ont interrompu une représentation théâtrale à Genappe. Pourtant peu de spectateurs avaient rallié le théâtre. La photo ci-dessus donne froid dans le dos. Bruxelles est plus relax, un spectacle aux Halles de Schaerbeek a pu se dérouler normalement. Nous verrons comment les autorités namuroises traitent la révolte tranquille des artistes.

    Le mouvement Still Standing For Culture déploie une série d’événements publics jusqu’au 6 mai. Plus d’une centaine de lieux culturels participent à cette bronca politique.  Le secteur demande des perspectives alors que la culture a repris  en Italie et aux États-Unis notamment. La France rouvre le 19 mai.

    En Belgique, les ministres régionaux de la culture ont critiqué l’excessive prudence fédérale. Cette fois, le virus semble reculer. Les indicateurs sont à la baisse depuis plusieurs jours. Le taux de reproduction est bien en-dessous de 1. La vaccination progresse. Le temps est venu de desserrer l’étau qui jugule la culture alors qu’il pas a été établi que les théâtres, les salles de concert, les cinémas sont des foyers de contamination.

     

    Une place sur la terre

                                                    En attendant les levers de rideau, probablement en juin, je continue à tracer les bonnes télétoiles.                                                     Cette fois j’avais enregistré un Poelvoorde méconnu, Une place sur la terre (2012).

    Je renonce à écrire trop de mots sur un film tissé de musique et de photos, de silences et de regards. Regards volés dans une belle succession de plans dans une rame de métro, reflets de visages sur une vitre indiscrète. Tenter d'expliquer serait généraliser une interprétation de ressentis propres à chacun. Ce qui est tu, est montré, capté, figé dans les clichés (Michael Ackerman derrière l’objectif) qu’Antoine tire fiévreusement de sa voisine d’en face. Un soir, des notes aériennes de piano l’ont sorti de son vague à l’âme. Il la voit jouer Chopin (étude Opus10, n°12), d’un toucher qui met en mouvement, qui envoie un élan de vie irrésistible. Splendide !

    Antoine est devenu « un photographe raté et alcoolique », mais son talent est intact. Il a pour meilleur copain, Matéo, le fils d’une voisine souvent occupée. Antoine prépare à manger, raconte Cendrillon à sa façon, conduit le gamin à l’école. Il délaisse son petit protégé lorsqu’il s’occupe d’Elena, pianiste et historienne. Elle rêve de plonger dans profondeurs de la mer Rouge à la découverte de vestiges crétois. Elle se promène sur les toits la nuit du réveillon.

                                             Une place sur la terre: Benoît Poelvoorde, Ariane Labed

    Nous ne saurons rien du passé de ces deux êtres que la tristesse rapproche. Fabienne Godet nous demande de vivre l’instant présent, d’admirer les photos qui magnifient Elena, d’écouter en sourdine la musique de François-Eudes Chanfrault, (trop tôt décédé. Après de longues recherches, j'ai trouvé ici le thème du film; cliquer dans la liste à droite sur le titre du film). 

    Et il y a les deux interprètes de ce drame romantique. Ariane Labed est d’une beauté rayonnante, sauvage, mystérieuse. Benoît Poelvoorde n’est jamais aussi bon que dirigé par une femme (voir Anne Fontaine, Entre ses mains). Le clown s’efface derrière un homme sur le fil du rasoir, dégoûté de tout, prêt à tout pour réapprendre à aimer.

    Il offre un immense cadeau à Elena dans un geste osé qu’elle avouera être incapable de recevoir. C’est triste et tellement beau. Le cinéma dans sa plus pure essence .

     

                                                     Une place sur la terre: Max Baissette de Malglaive, Benoît Poelvoorde

     

     

     

                                                 


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