• Vengeance et perversité

      

      

           

                        La tourneuse de pages         Il suffit parfois d’une rupture de regard ou d’écoute à un moment crucial de l’existence pour être marqué à vie. Mélanie a arrêté le piano à dix ans après une audition désastreuse. Elle n’a pas supporté de n’avoir plus été regardée et écoutée par la présidente du jury occupée à signer un autographe. Mélanie a interrompu son morceau et a perdu pied ensuite à la reprise. Pendant un instant, l'enfant n’a plus existé dans le regard de l’autre, elle n’était plus reconnue, habituée aux encouragements de ses parents. Un musicien est vulnérable, il a besoin d’être entouré et soutenu.

    Dix ans plus tard, Mélanie entre au service de son bourreau, pianiste en plein doute, toujours traumatisée par un accident de voiture survenu deux ans plus tôt. Ariane  est une proie désignée pour le piège machiavélique de Mélanie. La jeune fille tourne les pages de la concertiste, un poste de confiance. "C'est une grande responsabilité. Une tourneuse de pages peut mettre en danger tout un équilibre." Effectivement, pour Mélanie,  il s'agit de déséquilibrer celle qui lui a fait perdre pied dix ans auparavant.

    Je me souvenais des deux actrices et d’une impression forte après avoir vu La tourneuse de pages en 2006, mais je ne pouvais plus nommer ce qui m’avait marqué. En revoyant le film, croisé par hasard, j’ai revécu fascination et malaise, confronté à une vengeance implacable et perverse. Ariane devient littéralement le jouet de Mélanie. Celle-ci resserre son emprise, jouissant à faire de la concertiste fragile son objet.  Mélanie (Deborah François, très mûre à 19 ans) use de son pouvoir de séduction, subjugue sa patronne qui s'interdit tout sentiment.  La psychanalyste et philosophe Anne Dufourmantelle, souligne que le pervers « se sert des failles qu’il trouve dans l’autre pour établir son pouvoir. Il se nourrit de la sensibilité de l’autre, qu’il mime en miroir, sans pour autant ressentir d’empathie.» Mélanie n’est pas une perverse de nature, elle endosse les attributs de la perversion à l’avènement d’un désir virulent de vengeance, aimantée aussi par  l’envie d’accéder à une élite sociale dont elle connaît les codes, à défaut du mode d’emploi.

    J’adore les films qui explorent intelligemment la  complexité des caractères humains. Je pense notamment à Jimmy P.

    Jimmy P.

      

    ou à Un homme d’exception             Un Homme d'exception             guérison                          exceptionnelle  d'un                                    schizophrène                                                                                                                                                                                                         (deux des films toniques développés dans mon livre, Le cinéma, une douce thérapie).

     

    J'aime aussi                           Happiness Therapy

                                                          Happiness Therapy,  périple d'un couple       Happiness Therapy : Photo Bradley Cooper, Jennifer Lawrence                                                                                        bi-polaire solidaire

     

    et bien d’autres encore qui s’inviteront dans Cinémoithèque au gré de mes visions et re-visions.

    Je savoure également les films qui donnent un premier rôle à la musique. Dans La tourneuse de pages, Schubert, Bach et Chostakovich donnent corps aux états d’âme fluctuant dans les recoins de l’être. Denis Dercourt, musicien et fils d’une professeur de piano , orchestre sa partition de main de maître.

     

     


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