• Vaille que vaille

     

     

    J’ai vu les quatre derniers films d'Hirokazu Kore-eda. Ils parlent tous des relations familiales. Le dernier en date, Après la tempête, (26 avril) est celui qui connaît le moins de rebondissements. Il égrène le quotidien en demi-teinte d’une famille secouée par un divorce et un deuil. Le réalisateur japonais interroge le sens de la vie, souligne la difficulté de concrétiser ses aspirations d’adulte, surtout lorsqu'on a hérité une immaturité maladive du père défunt.

     

    Après la tempête : DVD/Blu-ray | Films | Premiere.fr - Es-tu devenu l’adulte que tu voulais être, demande le fils de onze ans à son paternel étourdi ?

                                                - Non, mais je continue en espérant le devenir un jour.

    Ryota gâche consciemment ses atouts. Il a écrit une excellent premier livre, succès ruiné par sa passion du jeu. Ce grand dadais aux larges épaules, au regard doux-fuyant, n’a plus de quoi payer la pension alimentaire de son fils. Il s’est reconverti en détective privé, un métier pourtant payant. Ryota épie des maris et des épouses infidèles. Il gagne un argent sordide qui lui brûle les doigts. Néanmoins, il a un cap solide : acheter des chaussures de base-ball à son fils et reconquérir son ex-femme. Entre deux filatures, il suit son ancienne épouse et découvre le nouveau compagnon de Kyoko. L’amertume et la jalousie le gagnent. « Ce qui a été, n’est plus, il faut l’admettre, glisse une collègue de travail. Les hommes sont toujours jaloux du futur, seul le présent compte.» Ryota s’entête. Il continue à voir son fils une fois par mois, toujours les mains vides, à la grande colère de Kyoko. Celle qui fut sa femme songe à se remarier. Elle confie ses intentions au cours d’une nuit de tempête.

     

                     

    - Il faut avancer, faire un pas en avant, dit-elle. Tu comprends ?

    - Oui, je comprends, se résigne Ryota. Je l’ai toujours compris.

    Le couple s’est reconstitué artificiellement sous l’égide de la mère de Ryota. Elle leur a offert un toit à l’abri des éléments déchaînés. La promiscuité dans un appartement étriqué incite au jeu de la vérité. Cette fois, Ryota affronte la réalité. Le vent arrache les masques. Le typhon 24 scelle l’avenir familial. Le père et le fils montent une expédition à la lampe torche vers une plaine de jeux voisine. Ryota retrouve son âme d’enfant. Son fils complice apprécie contre vents et marées ce père inconstant.

                                                                  

    La profondeur surgit au détour d’une phrase, d’une situation, d’un personnage, là où on ne l’attend pas. Ici, dans cette banlieue grise, barrée de HLM mutiques, ni les développements philosophiques, ni la psychologie élaborée n’ont droit de cité. La réalité trace sa vérité, acceptée ou subie par des êtres déboussolés, ballotés au gré de mini-traumatismes propres à l’existence : une séparation,  un décès, une carrière ratée. Le message discret réside dans des gestes anodins, comme celui de manger une glace sortie du congélateur.

    « Il faut percer la couche du dessus ; en dessous, c’est délicieux », explique la mère de Ryota à son fils impatient. Kirin Kiki incarne la sagesse espiègle de l’aïeule, un rôle qu’elle tenait également dans Les délices de Tokyo. Creuser encore et encore, pour s’accomplir, pour transmettre, pour être à la hauteur d’une vie d’homme. Ce cinéma de la simplicité célèbre les vertus de la persévérance à vivre,  quoi qu’il arrive.


  • Commentaires

    1
    Michel
    Mardi 16 Mai à 08:25

    Ton commentaire me donne envie de voir ce film empreint de sagesse si je te lis bien. En plus, revoir l'actrice des Délices de Tokyo est un argument de plus. En plus, tu en dis suffisamment pour nous encourager à visionner le film en nous laissant toute la surprise de la fin.

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