• Vague malaise

     

     

    Les cinémas rouvrent aujourd’hui en France. Les Belges attendront encore une dizaine de jours. Quelle sera l’ambiance de reprise ? L’air du temps est encore indéfinissable,humé selon les tempéraments et les humeurs variables. Il y a ceux qui foncent à fond dans la fête de la musique, qui oublient la distanciation physique, au point d’être dispersés par la police dans un quartier fêtard de Bruxelles. Il y a aussi les joueurs de tennis, heureux de se revoir, qui s’étreignent et vont en discothèque après avoir taquiné la balle. Et boum, le 19ème mondial a chopé le virus. Ses compagnons de sortie seront testés. Les organisateurs de l’ U.S. Open ont tranché : le tournoi aura lieu devant des gradins vides. La Suisse, l’Allemagne, la France, la Chine connaissent une recrudescence d’infections. La Covid vit toujours, elle nous attend au tournant déconfiné.

     

                                                      Fête de la musique : elle aura bien lieu le 21 juin, mais "sans prendre de risques"

    Je me range plutôt du côté des prudents, âge oblige, mais aussi parce que le fond de l’air me semble pesant. Un sentiment partagé par un couple d’amis, satisfait d’avoir noué de nouvelles habitudes durant le confinement. Ils ont décidé de prolonger cette période de calme et de silence, en réorganisant leurs sorties. Les mesures de sécurité sanitaire les indisposent, entravent une liberté de mouvement qu’ils espèrent revivre un jour… indéterminé. Nous étions les premiers amis qu’ils invitaient. Le tarissement des relations sociales a finalement été le plus difficile à supporter de même que la coupure avec une famille nombreuse, revue dès l’interdit de réunion levé.

    « En étant séparé des autres, je me sens séparé de moi-même autres», dit un  philosophe, isolé en face de l’océan. « Ce coronavirus est un danger que l’on se sent pas… D’un côté on vit normalement, mais de l’autre, on a presque cessé de vivre… Je vis pour moi-même, mais si je ne peux plus vivre pour personne, c’est comme si je ne vivais pas.» (Nicolas Grimaldi, Philosophie magazine, n°139, juin 2020)

     

                                                     Namur - La Sambre et le Pont d Omalius.jpg

    Cette dame croisée dans la rue confirme que « c’est différent ». Elle ne peut éclaircir un sentiment diffus. « Il y a le bruit, les gens, les déchets qu’ils laissent…Moi, je n’étais pas confinée, je me promenais le long de la Sambre, comme d ‘autres d’ailleurs. J’ai revu des personnes que je n’avais plus vues depuis des lustres… Quand il y a trop d’agitation maintenant, je vais me promener en haut de la citadelle, là je suis bien. »

    Un quadragénaire regrette un peu que ça reparte comme avant. Les gens bougent, reprennent une cadence soutenue, avec la reprise des activités des enfants, les obligations sociales, le trafic automobile. Il a une moue soucieuse. Il sent les choses lui échapper. Il espérait que la pause forcée serait l’occasion de repenser notre mode de vie. La Belgique n’en prend pas le chemin au contraire de la France, instruite de 150 propositions de la convention citoyenne sur le climat. J’attends la réaction du monde politique avec curiosité et espoir au lendemain d’élections municipales, prometteuses pour les Verts. En Belgique, le parti Écolo est réduit à être la roue de secours d’un éventuel gouvernement majoritaire.

                                            

                                                                                          Quand je dis que l’air est plombé, c’est au propre. Les gaz à effets de serre réoccupent l’atmosphère en molécules serrées. La carte de la pandémie révèle la vulnérabilité des zones urbaines face au virus, de la Grande-Bretagne au nord de l’Italie, en passant par Paris, Bruxelles, Barcelone et le sud de l’Allemagne, une aire géographique baptisée Blue Banana. Des chercheurs étudient l’influence probable de la pollution sur la santé des citadins, très sensibles au virus. En attendant, le thermomètre est monté à 38° en Sibérie, du jamais vu dans l’Arctique. La glace fond, elle ne renvoie plus les rayons du soleil, tandis que l’océan noir absorbe la chaleur et réchauffe l’Arctique, un phénomène qui ne fait qu’amplifier. L’urgence climatique demeure, superbement ignorée par des dirigeants et des économistes affolés.

    Et donc, les salles françaises ont rouvert dès minuit dans plusieurs villes, délestées de la limite de capacité à 50% par salle. Le président Macron accélère le retour à la normale, en autorisant les groupes des spectateurs à s’asseoir côte à côte, démasqués. L’assouplissement des contraintes a été décidé vendredi, prenant tout le monde de court.

    Ici, j’attends le programme. Je connais déjà le prix unique de la séance à 5.2€ et l’horaire réduit à trois séances, en début d'après-midi, fin d'après-midi et soirée. Rien ne presse.

     


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