• Va t'en savoir

     

     

     

                                         Everybody knows : Photo Penélope Cruz

    Asghar Fahradi détourne le genre policier au bénéfice d’une enquête familiale portant sur une vingtaine d’années, ancrée dans le présent d’une noce joyeuse et lumineuse, assombrie par un drame. C’est en quelques mots, l’intrigue d’un film bien fait (9 mai), bien éclairé, bien joué, trop long et curieusement dénué d’intensité émotionnelle. Cet émoi ténu découle peut-être de la communication indirecte du réalisateur iranien avec ses interprètes et son équipe ibériques. Chef opérateur, décors et costumes ont été confiés à des espagnols, Farhadi donnait ses directives via un interprète. Les acteurs ont donc mis beaucoup d’eux-mêmes dans leur personnage, ce qui explique l’hystérie (dérangeante pour ma compagne) lorsque Laura découvre la disparition de sa fille. La mère éplorée délègue à Paco, un ancien amour de jeunesse, la responsabilité de la gestion de crise. Penélope Cruz et Javier Bardem, mariés à la ville, gardent leurs distances à l’écran, mais chacun a intégré qu’un lien fort unit toujours Paco et Laura, du fait que les deux stars vivent ensemble dans la vie civile.

                                                      Everybody knows : Photo Javier Bardem, Penélope Cruz  

    Présenté en ouverture du Festival de Cannes, Tout le monde sait – Todos los saben en espagnol- pourquoi diable un titre en anglais, Everybody Knows ne décrochera probablement aucune distinction ce soir, si les jurés réagissent comme la plupart des spectateurs que j’ai consultés, contents d’avoir vu un bon film pour l’oublier aussitôt. Je mise sur un palmarès très politique, en phase avec l’actualité, féministe et soucieux des minorités opprimées, qu’elles soient migrantes ou ouvrières. Gageons que Cate Blanchett, présidente du Jury, veillera au grain engagé.

    Je continue la digression. J’ai commencé à lire Le dictionnaire amoureux du Festival de Cannes, établi par Gilles Jacob, ex-patron de la Croisette cinéphile. Un trésor d’anecdotes, de souvenirs et d’hommages au cinéma et à ses ambassadeurs. Quarante ans de tapis rouge défilent sous nos yeux, à raison de deux cinquante entrées tenues avec élégance. Lien avec Cannes 2018, où les Américains étaient réduits à la portion congrue, la notice Hollywood décrit les relations houleuses entre la Californie et la Méditerranée.

    « Le problème entre Cannes et Hollywood, c’est qu’on ne parle pas la même langue. Je me réfère ici non pas à l’anglais mais à la langue des affaires. Quelle est donc cette divergence de vues ? Cannes : nous aimons vos films et vos stars (qui lustrent les marches du palais, c’est moi qui souligne). Hollywood : qu’est-ce que nous irions bien faire au Festival, surtout en compétition ? »

     

                                       Everybody knows : Photo Javier Bardem, Penélope Cruz

                                                                                                                                    Maintenant, chacun sait que j’ai peu à dire sur Tout le monde sait. Si, tout de même. Les secrets de famille et les haines foncières sapent en sourdine l’existence. Fahradi excelle à démonter les rouages grippés de la mécanique familiale. Personne ne sort indemne de septante-deux heures de suspense. De révélation en rancœur avouée, de suspicion en don de soi, le récit d’une explosion pressentie capte sans entrain. Le réalisateur cosmopolite reprend ici le thème de son premier film tourné en Iran. C’est sur ses terres qu’Asghar Farhadi me paraît le plus inspiré. Une séparation et Le client l’emportent largement sur les tournages à l’étranger, même précédés de longs séjours dans les pays hôtes.   


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