• Urgences !

     

                                                                                  Ce soir, Les heures souterraines de Philippe Harel, d'après le roman de Delphine de Vigan.

     

     

    Détresse, déprime, isolement, anonymat, violence feutrée, enfermement, oppression et aussi capacité à donner de l’amour, du soin, de l’attention, voilà les mots qui jaillissent après avoir regardé à l’instant sur Arte, Les heures souterraines, téléfilm tiré du roman éponyme de Delphine de Vigan. C’est une expérience que je ne renouvellerai pas un dimanche matin tellement Philippe Harel réussit à transmettre l’ultra solitude de la grande ville et de la grande entreprise. Vous pouvez rattraper le film jusque vendredi prochain 15 heures sur le Web.


    Une fois encore, la version imagée d’un livre m’a donné envie de lire l’écrit. Je tourne autour de la lauréate du prix Renaudot depuis un bon bout de temps. J’aime son écriture, moins la musique intime de ses récits et du coup, je tergiverse. Cette fois, je commencerai l’œuvre par ces heures souterraines que nous vivons parfois, repliés sur nous-mêmes, courbé sous l’indifférence agressive du monde.

     Les heures souterraines

        
    Mathilde et Thibaut n’en peuvent plus. Ils ont subi des pertes inscrites profondément dans l’être et la chair. Mathilde est veuve depuis ses trente ans, mère de trois enfants. Thibault a perdu deux doigts à vingt-cinq ans et a dû renoncer à son rêve de chirurgien. Il a aussi laissé en plan une vie plan-plan de médecin de campagne. Il est urgentiste itinérant à Paris, il soulage autant que possible la fatigue, l’angoisse, la dépression, l’isolement de patients relativement malades, certainement en panne de chaleur humaine. Les embouteillages, le parking introuvable entravent son office.


    Mathilde, elle, n’a plus rien à faire après huit années pleines dans son entreprise. Elle subit l’emprise de destruction méthodique d’un supérieur despotique. Mathilde vit une deuxième mort après celle de son mari. Elle ne comprend rien à ce qui lui tombe dessus, alors qu’elle est devenue le bras droit de son harceleur. Mathilde abdique, doute d’elle-même.


    "- Dans quelle mesure sommes-nous responsables de ce qui nous arrive, demande-t-elle. Est-ce ma faiblesse qui appelle cette situation d’anéantissement ?"
    "- Vous n’êtes en rien responsable, dit la directrice des ressources humaines. En vingt ans de carrière, j’en ai vu des cas semblables aux vôtres. Ce n’est pas la faiblesse qui provoque le harcèlement, c’est votre capacité à résister."


    Résister coûte que coûte. Combattre ou fuir. Agresser ou éviter. Ou rencontrer l’âme sœur, sur le quai du métro. Sentir une présence, voir, regarder, parler et se dire que l’on a l’impression de déjà bien se connaître.

    Mehdi Nebbou Thibaut a rompu une liaison de quelques heures, d’un week-end, parce qu’il ne supportait plus l’indifférence de Lila, incapable de dire autre chose que « merci, merci pour tout », quand il lui annonce la rupture.


    Repli après une rupture, retrait après une perte. Mathilde a fini par tout réapprendre, une fois traversé le choc de la mort du père des ses enfants.


    Rebondir encore et toujours, parce que la vie est précieuse; une vie investie réduit l'angoisse de vivre et de mourir.

    Écrire ici pour dissiper un malaise intempestif surgi par une belle matinée d’automne. Je me sens mieux.


                                                                               .Les Heures souterraines


  • Commentaires

    1
    Coumarine
    Dimanche 8 Novembre 2015 à 21:49

    je viens de regarder ce film sur Arte...

    bien plus profondément touchée que je n'aurais cru!

     

    2
    Lundi 9 Novembre 2015 à 07:15

    Phlippe Harel réussit assez bien dans l'adaptation de romans. Il a fait notamment Mademoiselle Chambon, dont l'auteur a dit du film qu'il avait perçu ce qui était en filigrane dans l'écriture, même au-delà de l'écriture.

    C'est très encourageant de voir que tu regardes ce que j"ai vu. J'espère que le moral reste au beau.

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