• Uppercut social

     

     

                                                                             

    Long travelling latéral sur la queue devant une des banques alimentaires de Newcastle. Lui, Daniel Blake accompagne Rachel, mère célibataire de deux enfants, obligée d’accepter un logement social miteux à 450km de sa ville natale. Rachel est au bout du rouleau. Alors qu’elle y a droit, solliciter l’aide sociale la rend morte de honte. Mais ses enfants ont faim et froid.

    L’équipe bénévole accueille la petite famille avec chaleur et bonté. Les enfants boivent un chocolat chaud pendant que maman s’efforce de suivre la dame qui lui propose des denrées bien rangées sur des étals de fortune.  Rachel est à bout de forces. Elle titube, s'agrippe au mur, et affamée, ouvre une boîte de haricots. Elle mange avec ses doigts le dos tourné au public et …tombe dans les pommes.

                                                        

    Cette séquence fend le cœur. Ken Loach nous prend par les tripes. A quatre-vingts ans, l’infatigable militant cogne encore et encore sur les idées néo-libérales, créatrices de pauvreté croissant et de richesse pour quelques nantis. Il mise sur l’entraide gagnante à la bourse des valeurs face à une administration inhumaine, priée d’infléchir les statistiques du chômage et des revenus minimum d’insertion.

    Une réglementation absurde enfonce Daniel Blake dans le désespoir. Ce menuisier de cinquante-neuf ans souffre de problèmes cardiaques. Malgré un certificat médical d’incapacité de travail, l’agence locale de l’emploi l’oblige à chercher du travail. Et quand Daniel décroche un boulot, il doit le refuser, son médecin lui interdisant de retravailler.

    « Alors vous devez introduire une demande d’indemnité de maladie et non une allocation de chômage », lui dit-on. Justement, un examen médical bidon e l’inspection du travail  l’a privé d’indemnité. Daniel fait appel mais le parcours est ardu, complètement informatisé. Le vieux charpentier ne connaît que dalle en clavier et souris. Heureusement, un jeune voisin  l’aide comme Daniel a volé au secours de Rachel, sanctionnée parce qu’elle était en retard à son rendez-vous avec les services sociaux.

    Daniel devient un grand-père pour les enfants et un homme à tout faire de Rachel. A quatre, ils reconstituent un semblant de famille dans le désert social du chômage et de la pauvreté. Enfin un peu de chaleur humaine dans une société robotisée. Cette solidarité contre vents et marées m’a touché. Les héros de Ken Loach sont pétris d’humanité, une dimension humaine tellement absente dans un quotidien pressé et inexistante dans l’application aveugle de règles absurdes.

                                                        

    Le double lauréat de la Palme d’or a raison de forcer le trait. Nous avons besoin de secouer notre indifférence dans un climat d’hostilité grandissante envers les pauvres, qu’ils soient sans-abris, mendiants ou migrants. Le journal Le Monde a consacré quatre pages au phénomène de « pauvrophobie » dans ses éditions datées des 1er et 2 novembre. Les politiques d’exclusion convergent. Les collectivités locales durcissent l’octroi de leur aides, refusent de domicilier les sans-abri,  grillagent les bancs publics dans les villes touristiques. Rien qu’en Île-de-France, l’aide d’urgence héberge 92.000 personnes chaque nuit. La tendance est identique en Belgique à la veille d’un hiver que Ken Loach prédit catastrophique dans nos contrées.

    Le pauvre fait tache dans le miroir de la société de consommation. Selon un sondage auprès de trois mille personnes, 36% des Français estiment que les pauvres se complaisent dans leur situation. Je leur conseille de voir I, Daniel Blake (sorti le 26 octobre) et de ressentir la honte et la culpabilité de personnes acculées aux pires extrêmes afin de conserver un semblant de dignité, d’exister dans le regard des autres et d’être autre chose qu’un numéro dans la machine administrative. 

    Versailles : affiche En écrivant cet article, des images de Versailles se sont invitées sur mon écran intérieur.                         Aux portes de la ville lumière, deux cents SDF vivent  toujours dans le bois de Vincennes, décrit un reportage du Monde. Je me souviens de l’amitié nouée entre Damien, l’homme des bois et Enzo, l’enfant abandonné dans sa cabane. Le film date de 2008…


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