• Une sacrée juge

     

     

                                                 Ni juge, ni soumise : Photo

    Ni juge, ni soumise, chronique de l’instruction au quotidien, tournée à Bruxelles, avec une juge du cru est sorti en France (7 février) deux semaines avant la Belgique (21 février). Sachez que le documentaire des Strip-Teaseurs Jean Libon et Yves Hinant vient d’être amputé d’une séquence contestée par une des protagonistes du film. Le principal producteur (français) a calmé le jeu judiciaire lancé sur le tapis belge. La plaignante reproche le non-respect d’un accord stipulant au moins le brouillage de son visage. Le juge des référés saisi n’a pu rendre son ordonnance ; la RTBF, coproductrice du film, a demandé le dessaisissement du tribunal. L’action en référé est suspendue le temps que la Cour de Cassation se prononce. Le film peut donc continuer sa vie en salle.   

    Et donc, je me résous à plaider la cause, ni laudateur, mi-censeur.

    C’est incontestable, Madame la juge détonne sous les ors habituels de la justice. Elle roule en deux chevaux, relit ses dossiers à la maison avec un rat dans le cou et manie l’humour noir avec délectation. Anne Gruwez bosse depuis vingt-cinq ans, saute les repas, a ses têtes et toujours le dernier mot. Sa truculence et son franc-parler désarçonnent les justiciables et clouent le bec des avocats. J’ai rarement vu des « bavards » aussi silencieux.

                                                                     Ni juge, ni soumise : Photo

    La juge familière des caméras (troisième fois à l’écran) en remet-elle une couche ? A-t-elle tendance à sur jouer son rôle de juge excentrique ? Mon opinion est faite après une demi-heure. La juge passe au second plan. Je ne vois plus que « ses clients » (dénomination certifiée Gruwez) pathétiques, roublards, paumés et parfois glaçants, telle cette mère qui a tué son enfant, persuadée qu’il était Satan incarné. La juge avait  « vidé » son  émotion sur les lieux du crime. Dans son bureau, elle vérifie avec la mère le procès-verbal de son audition.

    - C’est bien ça que vous avez voulu dire ?

    - Oui.                    

    Anne Gruwez dactylographie elle-même les interrogatoires ( à quoi sert son greffier ?). Elle peut être très empathique avec ses clients et très sèche aussi avec ce mari belge, d’origine turque, qui cogne sa femme.

    - C’est dans notre culture, madame la juge.

    - Je vous rappelle que vous êtes Belge, que vous vivez en Belgique et qu’il faut se plier aux usages de la société où vous vivez.

    Anne Gruwez parle haut et fort, clair et net, soliloque parfois.

                                                            10e chambre – Instants d'audience : Photo

    Enfin une justice humaine, s’écrient les spectateurs enthousiastes. Les collègues magistrats sont mitigés. Normal que cette juge hors norme divise. Elle incarne un visage de la justice, on aime ou on n’aime pas. Ce serait dommage, dirais-je, de souhaiter que la justice n’ait que ce visage-là, qui confine au cocasse, sans retirer quoi que ce soit aux qualités d’Anne Gruwez. En définitive, j’apprécie également la retenue habituelle des juges. Ce serait ça la justice idéale, une institution qui allierait  humanité et réserve, indulgence et fermeté, deuxième chance et juste sanction.  

    La méthode strip-tease consiste à créer un malaise. Pari tenu une première fois sur un long-métrage. À l’orchestration du spectacle de la justice, je préfère la pudeur d’un Depardon ou la caméra embarquée au tribunal de grande instance de Rouen ou l'engagement de cinq juges des enfants lillois, qui ont accepté de lever le principe sacré du huis clos le temps de tourner un document exceptionnel d’une heure dix. Ces démarches donnent matière à réflexion, tandis que Strip-Tease ne tend qu’un miroir biaisé de la société.


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