• Une grande amitié

     

     

    Je n’étais plus allé au cinéma depuis belle lurette, je veux dire, voir un film qui compte. Truman a répondu à mes attentes. De plus,  j’ai vu plusieurs bandes annonces alléchantes, dont celle de Folles de joie. Et le film a résonné juste après la projection au gré d’une rencontre fortuite. Je vous raconte.

     

                                             

    Truman (sorti le 6 juillet) , c’est le nom du bouledogue lymphatique de Julián. Le maître souffre d’une maladie incurable. L’acteur de théâtre a décidé de quitter les planches terrestres. Julián repousse une xième chimio, rien ni personne ne le fera changer d’avis.

    Pourtant Tomás, son complice de toujours, est venu du Canada jusqu’à Madrid pour revoir son vieux pote et aussi parler de la décision de Julián, aussi irrévocable que la maladie est irréversible.

    - Je suis là quatre jours, dit Tomás, et on fait tout ce que tu veux.

    -D’accord, mais on ne parle pas de «çà». J’y pense depuis un an, toi, tu débarques, tu as du retard sur le sujet.

     

                                                             

    Tomás se reproche d’avoir tardé. Il est mal à l’aise avec l’attitude de Julián face à sa fin prochaine. La mort, la séparation le rebutent.

    Et c’est parti pour quatre jours d’une amitié inconditionnelle. Tomás avale toutes les couleuvres. Il abandonne rapidement l’idée de détourner Julián de son projet de vivre sans retenir la vie. Il accompagne Julián partout, chez le médecin, chez les candidats à l’adoption de Truman, à Amsterdam lors d’une visite surprise éclair au fils du mourant.

    Tomás a pris ses quartiers dans un hôtel proche de Julián.  Il dort parfois sur le canapé de son ami, parfois l’ami, soudainement apeuré partage la chambre luxueuse de Tomás. Julián déteste dormir seul dans la maison. Truman découche deux nuits, à l’essai chez un couple adoptant. Cette séparation concrétise brusquement la séparation prochaine, jusqu’alors ébauchée abstraitement dans la tête. En confiant Truman,  Julián éprouve une première fois, désarroi, peur, mélancolie.

    On ne sait jamais comment on réagira la dernière heure venue. On a beau se préparer, régler ses affaires, dire l’essentiel jamais dit ou le redire à ses proches, notre réaction ultime aux portes de l’inconnu est imprévisible. Truman est d’abord un très beau film sur l’amitié, fondée sur l’affection et le respect des convictions intimes. Tomás avoue être fier de Julián à une amie commune.

    -Tu lui as dit, demande Paula ?

    -Non, je n’ai pas pu. J’ai failli lui dire, mais je n’ai pas eu le courage.

    Tout ce qu’on aimerait dire et que l’on ne parvient pas à sortir… Cesc Gay réussit à suggérer l’oscillation permanente  entre silence et parole.  Parler pour apaiser ses peurs et encombrer l’autre ;  se taire et conforter ainsi la décision de sortir de la vie la tête haute, en restant « un homme élégant », comme veut l’être Julián jusqu’au bout. J’ai sincèrement admiré cette grande amitié, avare de mots et prodigue en gestes touchants.

    Émue par le film, une personne aux cheveux plus blancs que les miens, tranquille,  lâche quelques mots vifs devant les grandes portes vitrées du cinéma.

    «Quel beau film, je sais de quoi je parle. Mon mari est mort d’un cancer. Il voulait être euthanasié, il était d’ailleurs dans les conditions. Mais cela n’a pas été nécessaire. Il s’est éteint en soins palliatifs en présence de tous ses proches. Moi aussi, si j’ai un cancer, je ne ferai pas les chimios. Après la mort de mon mari, j’ai rempli des tas de papiers, disant ma décision. Je ne veux pas laisser ce fardeau à mes enfants, les mettre dans la culpabilité.  Si j’ai un AVC, ils sauront quoi faire. Je ne veux pas d’acharnement thérapeutique. Oui, c’est un beau film».

                     Elle a tourné les talons. J’ai repensé à l'atelier sur le deuil. Le cinéma libère le dicible et l’indicible.

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :