• Une femme Ô pressée

     

     

                                                                            

    Rosa  écrit une pièce de théâtre à ses moments perdus. Elle a perdu son boulot, elle perd le cap lorsque sa  mère lui annonce abruptement que son père n’est pas son père. Difficile de chanter Comme nos parents (2 août en Belgique, 7 février 2018 en France), une chanson populaire brésilienne, quand la mère vous cingle et le père vous échappe. À trente-huit ans, Nora essaie de refaire son monde. Elle frôle l’épuisement, tant la femme s’échine à être épouse d’un mari souvent absent,  à être maman de deux enfants, à être fille d’une mère caustique. Rosa s’identifie à Nora, héroïne d’Une maison de poupée. Elle écrit une suite à la pièce féministe d’Ibsen. La vie commence à la fin du dernier acte. Nora sort d’une position sacrificielle pour devenir elle-même. Chez Ibsen, la mère quitte la famille, enfants compris. Rosa se tâte. Si elle reste, elle posera ses conditions, la première étant de bannir le mensonge. Dado, le mari héraut des Indiens d’Amazonie, se tasse sur le divan. Nous ne saurons pas si ce grand garçon a eu une aventure avec sa  jolie collègue anthropologue. Les spectatrices diront oui, les spectateurs pencheront pour le non.

    Comme nos parents : Photo Maria Ribeiro En tout cas, Rosa bouscule son univers.

    Elle cherche sa voie et donne sa voix au père d’un copain de sa fille. Lui seul paraît saisir l’essence du féminin, mélange de force et de fragilité. Avec lui, Rosa livre ses faiblesses et sa fatigue d’être une femme modèle. Les hommes sont assez  piteux devant la caméra de Laís Bodanzky , qui a écrit ce portrait de femme avec son mari, lui aussi cinéaste. Mais ils peuvent évoluer, comme nos sentiments évoluent sur Clarice, la mère de Rosa, amoureuse inconditionnelle de la vie. Les dialogues reflètent la tension quotidienne d’une femme présente sur tous les fronts. L’exubérance sublime détresse et désarroi. Les mots volent et ne trouvent pas nécessairement du répondant. Les silences bienvenus donnent corps à l’émotion diffuse qui nous prend à suivre les efforts désespérés d’une femme pour naître à elle-même, pour se défaire de l’emprise des parents. Clarice surprend sa fille en lui disant que « dès le premier jour, l’enfant se détache de toi. C’est ainsi, tu dois l’accepter. »

                                                  Comme nos parents : Photo Maria Ribeiro, Paulo Vilhena

    Les parents pèsent, la société patriarcale brésilienne aussi. Rosa trouve des repères dans Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, dans l’attitude volontariste et détachée de sa mère face au cancer. Elle éprouve également  la jouissance du fruit défendu et en mesure la vacuité. Comme nos parents brasse de grandes questions (famille, filiation, couple, éducation, orientation sexuelle)  en déroulant une vie ordinaire, ponctuée de mini-séismes, pris à bras-le corps, avec les ressources disponibles sur le moment. Le film déroute, émeut là où on ne l’attend plus, ce qui lui confère un charme discret.

                                                   Comme nos parents : Photo Maria Ribeiro


  • Commentaires

    1
    Michel
    Jeudi 17 Août à 14:21

    Père inconnu, relation mère-fille, filiation, question identitaire, couple, enjeux de l'éducation, réalisation de soi: ce film devrait me plaire. Le cinéma: un miroir? Merci de nous le faire ainsi découvrir sous plusieurs de ses facettes...

     

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