• Une envie fleuve

                               

                                                  Prochain atelier de ciné-thérapie le 14 novembre         

     

     

    Je suis en pleine préparation du prochain atelier de ciné-thérapie consacré au deuil. Ce sujet grave me pousse à lire beaucoup (témoignages, psychologie, philosophie) avant de revoir Rabbit Hole qui lancera la journée. Mais comme toujours, les récits du jour, énoncés en cascade par les participants, fourniront le corps de l’atelier. Le film est déconstruit et recomposé des visions multiples des spectateurs. L’effet rebond des narrations en cascade amplifie les expériences vécues, celles bien présentes et d’autres oubliées qui refont surface.

     

    Rabbit Hole : Photo Aaron Eckhart, John Cameron Mitchell, Nicole Kidman
                                                                                   Extrait du film ( p.77 de Le cinéma , une douce thérapie)


    Becca (Nicole Kidman) et Nat, sa mère descendent à la cave remiser les affaires de Danny, mort huit mois auparavant. Elles fixent en silence les deux caisses. Becca interroge sa mère le regard fixé sur un point du mur - « Ca » ne passera jamais ?
    Nat a aussi perdu un fils, mort d’une overdose.
    - Non. Onze ans après, « ça » continue toujours… Mais « ça » change… répond-t-elle pensivement
    - Comment ?
    - Je ne sais pas… C’est moins lourd, je suppose. « Ca » devient supportable (soupir). Comme si on rampait par-dessus et qu’on portait « ça » comme une pierre dans sa poche… Et on oublie même, parfois, mais pour une raison ou pour une autre, « ça »revient. Et ça peut être horrible… Pas toujours. C’est une chose qui n’est pas agréable en soi mais qui prend la place de ton fils. C’est une manière de le porter avec soi… et c’est bien … en fait…
    Le temps constitue une dimension essentielle du processus de deuil. De même que la mort d’un proche réactualise le sens de la vie, le sens que l’on donne à sa vie.

     Miguel Gomes imprime un sens déterminé à son destin de cinéaste. Il a consacré deux ans de son existence à un projet chimérique, à contre-courant des modes et des genres

     

       Les mille et une nuits - L'Inquiet              Les mille et une nuits - Le Désolé                  Image "les-mille-et-une-nuits-affiche.jpg"


    Le premier des trois épisodes des Mille et Une Nuits sort le 4 novembre en Belgique. Ce docufiction fleuve a connu un petit succès d’estime en France l’été dernier. Le deuxième volet (25/11 en Belgique) a perdu deux tiers des spectateurs du premier et le troisième (16/12) a sombré.


    Les chiffres implacables torpillent l’inventivité narrative d’un auteur résolument engagé dans la critique des politiques d’austérité menées au Portugal en 2013-2014. L’équipe de tournage a sillonné le pays du Fado durant quatorze mois, à la recherche des

    situations grotesques engendrées par l’appauvrissement de la population.Diego Dora sur un dromadaire et Miguel Gomes à la caméra


    Les collaborateurs ont dû signer pour une année pleine et ont accepté d’être disponibles, jour et nuit, en fonction de l'actualité. Parmi eux, Sayombhu Mukdeeprom, le chef opérateur thaïlandais d'Apichatpong Weerasethakul, qui ne parle pas un mot de portugais.
    "Les Mille et Une Nuits sont un véritable laboratoire de styles narratifs, explique Miguel Gomes. Une grande oeuvre populaire sur notre besoin de fiction.»


    La princesse Shéhérazade conte et raconte inlassablement la misère et la résilience du peuple. Le récit foisonne de figures emblématiques, de métaphores saugrenues. Une baleine échouée explose dans le rêve d’un vieux syndicaliste. Le cétacé représente le système économique en bout de course. Un chien fait visiter une cité peuplée de chômeurs en fin de droit, abonnés à la soupe populaire. Un coq est condamné pour avoir chanté trop fort. Les habitants d’un bidonville entraînent des pinsons pour des concours de chant. Les ouvriers d’un chantier naval refusent physiquement leur licenciement.

     

                                                     Les mille et une nuits - L'Enchanté : Photo Crista Alfaiate

    Gomes n’invente rien, sa créativité naît du réel, s’exprime dans sa manière d’agencer un quotidien de crise ignoré des grands médias et du grand public. En cela, l’entreprise mérite le respect. Personnellement, il m’a fallu du courage pour tenir jusqu’au bout des contes de la fille du grand Vizir. Les séquences trop étirées, les plans fixes lassent à la longue, faute aussi d’une proximité naturelle avec nos concitoyens européens de Lusitanie.

    N’empêche le geste est beau et rare et vaut certainement l’essai curieux d’une séance, les trois parties étant autonomes. Télérama a suivi cette épopée par le menu. Vous saisirez l’état d’esprit d'un artiste emporté par son envie de donner du temps au temps, de sortir de l’immédiateté qui nous coupe de notre être réel.

     

     

     


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