• Une belle faim

    J’ai éprouvé les frissons du cinéma politique des années 70 en suivant passionnément L’Enquête : Affiche 

    (11/02 en France et le 18/02 en Belgique) du journaliste Denis Robert

                                                   sur les pratiques occultes de la société Clearstream.         Cette société basée au Luxembourg facilite les transactions financières mondiales. Elle a été au cœur d’un vaste scandale politico- financier qui a secoué la France entre 2001 et 2003.


    L’ancien journaliste de Libération fait preuve d’un courage opiniâtre en menant ses investigations dans un monde où règne une loi du silence impérieuse. Une personne clé finit par parler et un éditeur publie deux livres « Révélations » et « La boîte noire », deux bombes qui ébranlent la nébuleuse de l’évasion fiscale et du blanchiment d’argent.


    Denis Robert subit le feu d’une soixantaine de procès en diffamation, intentés par des banques agressives. Condamné deux fois, le journaliste sera réhabilité en Cassation, son enquête ayant été menée avec sérieux sur la base de faits avérés. Moralement, cela fait du bien. L’arrêt aide à panser les plaies d’une famille secouée par un combat démentiel et dangereux contre la machinerie financière mondiale. Denis Robert continue à démonter les rouages de Clearstream dans une BD en 4 tomes.


    L’enquête, c’est du cinéma comme j’adore : tendu, palpitant, engagé, hommage à des hommes courageux et intègres. Le tournage du film a duré 9 mois, il a bénéficié des éclairages de Denis Robert, c’est du solide. J'applaudis ces réalisateurs qui éclairent les pans obscurs d’une actualité souvent complexe. Et cette actualité incite à regarder deux films sur l’embrigadement des jeunes djihadistes. Je suis tombé sur La désintégration chez un marchand de DVD de seconde main. Le titre m’était revenu en mémoire au moment des événements de Charlie. En 77 minutes, Philippe Faucon montre l’endoctrinement de 3 jeunes lillois d’ascendance arabe. Un coup de poing magistral.Nabil Ayouch aborde le même sujet au Maroc, dans Les chevaux de dieu. Hamid sort des geôles marocaines en islamiste radicalisé. Il emmène son frère sur la route des martyrs combattants.


    Le cinéma rougeoie d’intensité quand il propose des films ancrés dans la réalité, dans un style narratif à la portée de tous, étayé par une bonne préparation documentaire.


    Bernard Bellefroid préfère puiser dans ses préoccupations personnelles pour nourrir une réflexion sur un thème difficile comme les mères porteuses et le désir d’enfant.

                                                                      Melody

    Melody  (25/03 en  BEL, 1/04 en FR), 28 ans, porte le bébé d’Emily 48 ans, une riche femme d’affaires anglaise. Melody rêve d’un

    salon de coiffure à elle. Emily rêve d’un fils, victoire sur son cancer qui l’empêche d’être mère.Melody : Photo Rachael Blake


    Les rêves peinent à devenir réalité. Ce qui, au départ, semble être une « simple » transaction - faire un enfant pour une autre moyennant rémunération- ne peut faire l’économie de retombées affectives. Melody s’installe chez Emily. Un rapport mère fille se dessine. Les motivations de Melody, abandonnée à la naissance ne sont-elles que matérielles ? Melody oscille entre plusieurs désirs. Emily n’en a qu’un, mais la maladie lui laissera-elle le temps de l’assouvir ?

                                                                                      L'affiche de Melody


    J’ai vécu le film physiquement, le ventre tiraillé, désorienté par ce désir obsessionnel de maternité. Cette grossesse menée par deux femmes, en dehors du père et des hommes me dérangeait. Je sentais un poids sur les épaules, le huis clos me pesait. Le côté clinique de l’insémination artificielle, dénué de la chaleur de l’étreinte de deux corps, a figé mes émotions. J’ai beaucoup pensé au bébé pris pour objet et désiré par procuration. Que ressent-il dans ce ventre porteur, poche transitoire vers la mère génitrice dont il ne prend aucune vibration ?


    Le film se termine sur la chanson de Barbara « Dis, quand reviendras-tu ? »


    Que tout le temps qui passe
    Ne se rattrape guère...
    Que tout le temps perdu
    Ne se rattrape plus!


    Après le père, La Régate : Affiche Bernard Bellefroid Bernard Bellefroid interroge la mère. Famille, même absente, quand tu nous tiens…

     


    Mais la grande émotion du jour, ce fut au soir, avec ma tendre et chère, en regardant Effroyables jardins, une ode limpide à l’humanité et au dépassement de soi. A diffuser dans toutes les écoles au cours d’éducation civique.

     

                    Effroyables jardins : photo André Dussollier, Benoît Magimel, Jacques Villeret, Thierry Lhermitte    Effroyables jardins : photo Bernie Collins     Effroyables jardins : photo André Dussollier, Jacques Villeret

     


    Chapeau les artistes !

     

                                                                                   Souvenirs de Marnie
    P.S. J’ai vu hier aussi Les souvenirs de Marnie déjà sorti en France et attendu le 11 février en Belgique. J’y reviens bientôt.

    4 films en un jour, 4 toiles nourrissantes. L’appétit est revenu. Turist, Birdman figurent aux prochains menus.


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