• Un pur plaisir intellectuel

    Ralentir.

    Retarder l'échéance.

    Prolonger le plaisir de lire, de savourer un repas en bonne compagnie; raccourcir le pas pour humer l'ultime rayon  déclinant d'un soleil automnal.

    "Nul n'était préparé à recevoir la bombe qui allait s'abattre sur le groupe" (de psychothérapie). Fin du chapitre. J'ai laissé le livre. A 78 pages de la fin, j'ai freiné l'emballement qui  me poussait à dévorer les dernières lignes."

    Un souvenir inattendu s'intercale dans l'écriture de ce billet. Je me rappelle, -je devais avoir 7 ans- d'un dilemme posé par mon père

    entre recevoir le dernier Michel Vaillant -3- Le circuit de la peur  Michel Vaillant

    ou voir L'Aiglon Napoleon Ii l'aiglon au cinéma.

    J'aimais beaucoup les exploits du pilote familial de F1 mais j'ai opté pour le fils de Napoléon avec un pincement au coeur, sachant qu'une fois le film vu, je n'aurais plus rien en mains, soulignait mon cher père.

    A la différence de la lecture, de la promenade, de la bonne chère, le déroulement d'un film est inexorable. Rien n'arrête le défilement des images. Lorsque je portais une montre, je consultais souvent le cadran pendant une projection. Je me disais, "chouette, encore une demi-heure; flûte, plus que dix minutes." A l'époque, les séances étaient permanentes. On pouvait revoir le film sans repasser à la caisse. Il fallait toujours m'arracher de mon fauteuil.

    Aujourd'hui, je n'ai plus de montre. J'ai acquis une assez bonne notion du temps. Cependant, je suis toujours attentif à la durée annoncée du film avant de me décider. Non que je veuille "caser un ciné" dans un horaire bien chargé, je désire simplement savoir combien de bon temps je vais passer avec une époque, des événements et des personnages. Je me régale par anticipation.    

               Le dernier film David Fincher se déploie sur 149 minutes, installation au coeur d'un couple, de sa naissance à sa désagrégation (sortie le 8 octobre).                                                                                 Gone Girl  Comme d'habitude, Fincher cadenasse le hasard. Il tresse minutieusement son ouvrage dans un maillage digne du cube de Rubik. Il relance instantanément l'intérêt du spectateur dès que celui-ci croit pointer des signes d'essoufflement. J'étais à l'affût d'une baisse de tempo, curieux de "voir" comment ce réalisateur méticuleusement sombre maîtrise son (ses) sujet (s) sur un format étiré. Jamais, le film ne m'a paru long, tellement de thèmes ont abordés, développés, abandonnés. Comme aux échecs ( je n'y joue pas), j'essayais de deviner les enchaînements. En pure perte, "Amy a toujours un coup d'avance". J'ai été souvent surpris du tour pris par les comportements d'êtres humains pris dans une tourmente imprévue ou délibérée. Je n'ai ressenti aucune émotion particulière, ni retiré le moindre apport philosophique. J'ai juste vécu un excellent moment, qui m'a tenu de bout en bout, dans l'espace temps que je m'étais alloué.

    Je n'ai jamais pensé à ralentir le cours des choses. Le temps était bien circonscrit (chronologie des jours après l'enlèvement d'Amy indiquée sur l'écran). J'avais le loisir de prédire l'évolution de l'enquête en jouant au plus fin avec un génie du suspense, en le défiant de me surprendre indéfiniment. Quelle jubilation d'être souvent dupé. Le cinéma vécu comme une joute de cerveau à cerveau, une  nouvelle valeur épinglée à mon art préféré, à l'égal de la littérature.

    L'inspiration me vient d'ouvrir Le livre de l'intranquilité et de relire ce qu'écrivait  Fernando Pessoa sur la vie fictive.Florence Lautrédou auteur d'un livre inspirant Cet élan qui change nos vies dit qu'il "faut avoir de la place en soi pour recevoir l'inspiration". Je reviendrai sur cet ouvrage important qui dessine le processus de l'inspiration à travers huit récits de vie bouleversés. Sachez déjà que la Fabrique Narrative accueillera l'auteur à Paris le 25 novembre.

    Je vous donne rendez-vous mercredi prochain pour parler de quelques unes des nombreuses sorties en salles le 1er octobre et vous laisse avec  les considérations de Pessoa sur la vie fictive.

     

    "Tout y aurait une logique autonome et superbe, tout obéirait à un rythme de fausseté voluptueuse, tout se passerait dans une cité faite de mon âme même, qui s'en irait se perdre sur un quai le long d'un train paisible, bien loin au fond de moi, bien loin... "  


  • Commentaires

    1
    Lundi 29 Septembre 2014 à 12:29

    cher Patrice

    Ton blog s'est super bien "bonifié" dans son habillage

    Tu me donnes envie de lire ce livre de Irving Jaloum

    Ainsi que de voir le film dont tu parles...

    Tes billets sont passionnants!

     

     

    2
    Lundi 29 Septembre 2014 à 16:22

    Merci Coumarine. Le livre de poche a publié 6 titres de Irvin D. Yalom. Celui dont je parle est le Poche 33742. C'est vraiment un livre nourrissant.


     


     

    3
    Lundi 29 Septembre 2014 à 17:41

    j'en ai lu un de lui, mais je ne me souviens plus du titre: c'était un "duel" entre le narrateur et Freud? Passionnant!!!

    4
    Mardi 30 Septembre 2014 à 17:33

    Il dialogue avec Nietzsche, Spinoza, sa mère... Peut-être parles-tu de Mensonges sur le divan qui teste l'efficacité d'une thérapie.

    5
    Thierry
    Mardi 2 Mai à 16:19

    Dans « Gone Girl », j’ai aimé le mystère qui plane autour de la disparition de la femme de Nick. De plus, le twist final m’a laissé bouche bée… Le film est surprenant !  

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