• Un mur

     

     

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    Stéphane,fraîchement promu à la brigade anti-criminalité, n'a pas lu Les Misérables mais il sait que Victor Hugo a écrit son chef d'œuvre à Montfermeil, dans la Seine Saint Denis,terre barrée de HLM bornant l'horizon de milliers de familles.

    La police ne lit pas, la population ne suit plus. Plus de repères, plus d'adultes "cadrants",sinon un maire corrompu, un trafiquant de drogue en cheville avec les flics et un ancien détenu viré frère musulman. Les banlieues ont toujours été des zones sinistrées,vouées au pourrissement dans l'indifférence presque générale.

    Il faut donc un gars du cru, vivant toujours sur place, qui remette le couvert.Ladj Ly  manie une caméra explosive, nerveuse, très serrée sur la violence latente des uns et des autres, assignés à des rôles immuables de victimes et bourreaux. Il réalise un documentaire joué, nourri de son expérience dans les murs de la cité et de l'observation durant cinq années des méthodes policières censées garder le couvercle sur la poudrière, quitte à copiner avec les malfrats. Jusqu'au jour où un brigadier pète un plomb et provoque une émeute juvénile.

    Les Misérables : Photo     

                                                                                     Rien n'a changé depuis La haine en 1995. Si ! Le rajeunissement de la révolte contre une société qui ignore ses adolescents très précoces, habitués à agresser verbalement ou à singer leurs aînés violents, frimeurs et glandeurs. Ladj Ly y va crescendo en tension, n'élude pas la violence des lieux et des êtres. Il montre, ne questionne rien. Des spectateurs assez choqués à la sortie se demandent si cet étalage guerrier va donner des idées aux jeunes désœuvrés

    Il y a des misérables dans les deux camps; ils sont renvoyés dos à dos. Ce qui est misérable, c'est l'indigence des pouvoirs publics incapables de prendre le problème à bras-le-corps. L'émeute ne résout rien non plus, comme en 2005, où  les fauteurs de trouble ont été montrés du doigt. La situation est figée, voire désespérée, même si le président Macron s'est dit "bouleversé" à la vision du film. Oui mais encore... Et bien, il a demandé à son gouvernement de "trouver des idées pour améliorer les conditions de vie dans les quartiers". Il a vu le film sur un DVD posté par le cinéaste des quartiers difficiles. Le réalisateur a refusé de se rendre à l'Élysée; il a invité le président à venir le voir à Montfermeil, mais les agendas respectifs étaient trop chargés...

                                   Les Misérables : Photo

    En attendant le rapport Borloo a été mis sous le boisseau. Cinq milliards d'euros, ça ne se trouve pas sous les graviers de l'Élysée. Comme ne pourront être financées toutes les mesures préconisées par la Convention citoyenne occupée à plancher sur la transition écologique. Faut pas rêver. Encore une occasion ratée.

    Et en Belgique, y a-t-il aussi des films sur les banlieues tel le chapelet ininterrompu en France depuis un quart de siècle? Nos banlieues sont assez calmes, avec un habitat social moins concentrationnaire. En revanche, les poches de pauvreté grandissent dans les régions d'ancienne industrialisation. Le nouveau gouvernement régional wallon envisage la construction massive de logements sociaux.

    Cependant la précarité et le déclassement ne se résument  pas à une pénurie de moyens. Il est impératif également de redonner aux jeunes et moins jeunes le goût de la culture,en démocratisant l'accès aux musées, en promouvant la lecture dans les écoles. En 2008, presque onze ans jour pour jour, Danièle Sallenave publiait un ouvrage " Nous on n'aime pas lire" dans lequel elle racontait son expérience dans un collège de Toulon. Ses élèves de troisième habitaient à 1.4 km de la mer et ils n'y étaient jamais allés. L'écrivaine a élargi l'horizon de jeunes pas si réfractaires aux livres, mais bien assis sur les préjugés à l'égard des lettres, réservées à une élite ou aux bourgeois.Danièle Sallenave concluait sur une note relativement optimiste. Les professeurs rencontrés s'obstinaient à saper le mur érigé entre les livres et la condition de leurs élèves.

                                     Les Misérables : Photo

    "En les regardant faire, je me disais : c'est un fragile barrage qu'ils érigent contre l'inacceptable. L'inacceptable? Oui, parfaitement, j'ose le mot : c'est ce qui se passe quand une fraction de la jeunesse d'un pays est laissée au bord de la route. Et privée du secours essentiel de la langue - de sa langue-."

    C'est vrai, ça m'a trop gavé, ce langage haché, syncopé, anémique, apanage partagé équitablement entre "microbes" et condés, mal dans leur langue et dans leur tête. Les enfants et les ados ont besoin d'être initiés à la nuance.Ils ont besoin aussi de clarté et d'autorité (celle qui rend auteur et hauteur) autant que d'attention et de soins.Un bon plan républicain.

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