• Un héros ordinaire

     

                                                   J'accuse : Photo

    L’armée, c’est toute sa vie. Le lieutenant-colonel Picquart se rend à l’évidence. S’il veut déjouer une machination grossière, indigne d’un grand corps de L’État, il lui faut porter l’ignominie sur la place publique. Il s’agit de rétablir l’honneur d’un innocent et en même temps redonner à l’armée la grandeur qu’elle a souillée.

    L’enquête tenace du colonel fraîchement promu établit clairement que le capitaine Dreyfus a été injustement condamné pour trahison. Il pourrit sur l’île du Diable à mille lieues de la métropole, jugé sur sa mauvaise qualité de juif. L’accusation est montée sur des faux, des mensonges, de l’antisémitisme primaire.

    J'accuse : Photo Jean Dujardin 

                                                                                   Picquart refuse d’être le  jouet d’une farce indigne de généraux censés incarner l’honneur d’une nation. Il poursuit ses investigations au péril de sa carrière, non par empathie avec Dreyfus qu’il n’aime pas, mais par fidélité à la droiture inhérente au rang d’officier supérieur. Peut-être aussi parce que Picquart a contribué à la déchéance de « ce tailleur juif qui pleure tout son or qui va à la poubelle.» Cette phrase que prononce celui qui n’est encore que commandant lors de la dégradation de Dreyfus indique que le futur chef du renseignement militaire n’a rien d’un redresseur de tort.

                                                                           

    Toutefois, il connaît le sens du mot honneur. La séquence initiale de J'accuse glace le sang. Un  homme est dégradé devant ses pairs, dans la grande cour de l’école militaire. Ses épaulettes et ses boutons sont arrachés, son sabre brisé, il tremble d’indignation et de colère contenue. Picquart a vécu cette scène pathétique avec indifférence. Elle prend véritablement chair au fil de l’enquête sur le véritable traître à la patrie. Il mesure l’injustice faite à un homme intègre; Picquart n’aura de cesse de rétablir la vérité. Il nettoie un service de renseignement qui sent le renfermé, qui pue les égouts, qui suinte la dissimulation, à l’image d’une hiérarchie qui ne pense qu’à garder ses rangs serrés pour préserver ses prérogatives et oublie de servir la Nation.

    Polanski reconstitue l'époque (1894-1906) avec minutie. Il éclaire l’affaire d’un jour nouveau en la centrant sur ce lieutenant-colonel méconnu. Dreyfus n’apparaît que de courts moments, notamment lors de colloques singuliers sous haute tension avec son professeur, puis son sauveur « qui ne fait que son devoir », reconnaissance minimum jetée à la face de Picquart, désormais ministre de la guerre, douze ans après le procès du siècle qui a divisé les Français.

                                                      J'accuse : Photo Jean Dujardin

    Le cinéma nous livre une tranche d’histoire avec un grand H, «tous les événements et les personnes évoqués sont réels», avertit une annonce au début du film. Encore fallait-il tenir la gageure de rendre palpitant un fait historique maintes fois mis en images. Polanski  relève le défi avec brio, rendant le passé très actuel. Il a pu s’appuyer sur son scénariste Robert Harris, auteur du roman qui a étayé le scénario.Harris avoue devoir beaucoup à l’ouvrage de Christian Vigouroux : Georges Picquart dreyfusard, proscrit ministre. La justice par l’exactitude. Jean Dujardin est irréprochable en militaire intègre. 

    C’est du grand cinéma, testament d’un cinéaste doué, à l’instar de ses frères octogénaires, Costa-Gavras, Ken Loach et Marco Bellochio (Le traître sort le 18 décembre en Belgique).

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :