• Un étrange sentiment de solitude

                 Ateliers de ciné-thérapie  16 mai, 23 mai et 6 juin 2015, cliquez ici.

     

     

     

    Comment se réinsérer sur le « marché » du travail alors que c’est déjà difficile de s’insérer dans la vie. Lolita, Hamid, Kevin ont environ vingt ans et peu de qualifications. Ils vivent dans le Nord-Pas- de-Calais. En rupture scolaire et en panne de petits boulots, ils acceptent d’apprendre Les règles du jeu afin de développer un « projet professionnel » et passer un entretien d’embauche.  Une société internationale, spécialisée dans les « transitions professionnelles et l’accompagnement vers l’emploi» les forme(ate)  pendant six mois.

    Les fossés de la langue et du milieu social paraissent insurmontables. Kevin répond laborieusement à une question apparemment simple.

    -Que diriez-vous pour vous valoriser ?

    -Silence…

    -Quelles sont vos qualités ?

    -Ah oui… euh…Quand  je travaillais, j’arrivais tous les jours à  l’heure au boulot.

    -Ah, vous êtes ponctuel. Vous pensez que c’est ce qui vous différencie des autres travailleurs. Vous pensez qu’ils n’arrivent pas à l’heure…

    -Ben si.

    Les Règles du jeu : Photo                                  Les Règles du jeu

    - Alors, la ponctualité, ce n’est pas une qualité particulière.

    -Ouais. Bon, je ne sais pas me vendre…, dit-il avec un sourire gêné.

    Il y a du pain sur la planche. Les jeunes s’accrochent, les formateurs changent de ton et de vocabulaire  au fil des semaines. Ils s’attachent à leurs candidats travailleurs. L’humanité s’invite dans le grand bloc en verre qui écrase le marasme du Nord français. Le documentaire en dit long sur l’impasse professionnelle et sociale des plus démunis face au capitalisme technologique. Il faut être surqualifié, se battre, se vendre, s’oublier, oublier ses états d’âme. Prière de se couler dans le moule de la productivité et du rendement. La souffrance au travail est réelle, elle engendre une souffrance psychique, associée aux mille tracas du quotidien sous l’emprise du temps qui presse d’avancer, de produire, de s’adapter…

    Plus le temps de se poser, de souffler, de s’interroger sur les causes d’un malaise indéfini qui vire au mal-être en transitant  par le stade maladie. Jean-Charles Crombez détaille ces différents états dans « La personne en écho ». Il s’attarde sur le mal-être, « désorganisation globale, une mort psychique. C’est un désastre, un chaos », rarement pris en considération par la médecine.

    Le mal-être est généralement vécu en silence, dénié, même s’il est perceptible à l’œil nu.

    « Non, non, ca va. Je vais bien. J’ai  un juste un peu trop, mais ça va».

    Dans notre société performative, il est mal vu de montrer des signes de faiblesse, de flancher. On aime les gagnants, les battants,  les champions.  Pourtant  règne un mal-être  que Miguel Benasayag identifie  à travers les nouvelles souffrances psychiques décrites dans son dernier ouvrage. « Les patients se sentent paradoxalement seuls alors qu’ils sont en permanence entourés d’autres personnes ». Et j’ajoute connecté aux réseaux sociaux et aux sites de rencontre en ligne.

    Le philosophe et psychanalyste (invité à l'Institut belge de Gestalt le 21 mars)  nomme une solitude « comme incapacité à se sentir en lien ». Il observe également une destruction de la vie intérieure chez l’être saturé par l’immédiateté. Renouer avec cette intériorité permettrait de se reconnecter à sa puissance de vivre, d’échapper aux images du bonheur que nous assène la société mercantile. Tracer sa voie vers la joie et la puissance de vivre plutôt que dépérir à subir des modèles sociétaux destructeurs de la personnalité.

                      Les protagonistes moroses et indifférents  

     

     

     


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