• Un couple, un, svp !

     

     

    J’ai été voir Monsieur et Madame Adelman (8 mars) à reculons. Je ne le regrette pas. Pourtant, je suis sorti de la séance à cloche-pied. Très drôle au début, l’histoire de ce couple bobo de 1971 à 2016 s’étiole à mi-parcours. En fait, je m’étais raisonné. J’étais curieux de voir comment ce nouveau duo à la ville projetait à l’écran la vie à deux sur une longue période.Doria Tillier et Nicolas Bedos ont écrit le scénario à quatre mains. Nicolas a assuré seul des dialogues troussés avec férocité et pugnacité. La matière première du film est tirée des improvisations que Dora et Nicolas activent régulièrement pour désamorcer leurs angoisses vis-à-vis de l’usure du couple, de l’infidélité, de la vieillesse ou de la famille.

    Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos Nicolas a trente-six ans, Doria, trente et un. Avant de se connaître, Nicolas avait égréné un chapelet de coups de foudre entre 2005 et 2011, choisissant des compagnes au moins dix ans plus âgées. Son personnage à l’écran, Victor, est probablement inspiré d’un passé récent. Chloé (doctorante en lettres) sait que l’amour de sa vie n’est pas un modèle de fidélité, mais elle a été séduite par son « charisme immobile », son regard ténébreux et sa qualité d’écrivain fauché, sujet à l’auto-dénigrement. Leur histoire est divisée en quatorze chapitres, de leur rencontre à la mort malencontreuse de Victor, atteint d’Alzheimer. Entretemps, il a eu la fulgurance de l’amour fusionnel, le premier enfant débile, le piège de la réussite, la relance du couple, la séparation, les retrouvailles, les palmes d’académicien de Victor, la mainmise de Sarah sur son homme, bref un demi-siècle en dents de scie. « Au début, nous étions heureux, c’était ennuyeux à mourir. C’est après que c’est devenu marrant », confie la veuve à un écrivain projetant de consacrer un livre à l’entourage du grand auteur. Sarah raconte tout ou presque de la saga conjugale, fondée sur un principe inamovible : « tout sauf l’ennui ».

                                                                 Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

    L’histoire s’enlise carrément dans les dernières quarante minutes à l’image d’un duo qui peine à rebondir. Sarah et Victor vivent une belle décennie sur le tard, on sommeille donc un peu malgré les saillies vachardes que les vieux amants se lancent à la figure. Ils ont un deuxième enfant, une fille normale, bien qu’elle reste accrochée à son père avant de trouver l’âme sœur à trente-six ans.

    Sur le chemin du retour, je pense à notre couple formé il y a quarante-deux ans. En rentrant, je reprends deux livres sur ce thème épineux, achetés en 2002. Je me souviens avoir apprécié La danse du couple, de Serge Hefez (avec Danièle Laufer, chez Hachette Littératures). Y avais-je cherché la clef de la longévité mariale ? Voulais-je consolider des intuitions ? J’y relis ceci :

    « Essayons simplement de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain :  le lien conjugal mérite plus d’attention qu’une relation jetable à la première alerte, et le pari de la coévolution peut s’avérer particulièrement enrichissant si l’on prend garde aux écueils de deux représentations paradoxales : rêver du prince charmant et savoir en même temps qu’on ne le supporterait plus au bout de vingt-quatre heures. » (p.212-13)

    L’aventure amoureuse de Sarah et Victor a  certes connu des hauts et des bas mais elle a continué jusqu’au bout, ancrée dans un amour profond. Sarah paraît effacée dans l’ombre d’un mari médiatisé. Elle assume cette apparence trompeuse et tire les ficelles en douce.

     « Il ne s’agit plus aujourd’hui de renoncer à une part de soi dans la relation à l’autre, mais au contraire de s’accorder la possibilité que cette relation procure un gain identitaire. » (p.213)  

                                                            Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

    Je crois qu’un couple s’inscrit dans la durée s’il joue une partition modulée entre la complémentarité et l’identité (personnelle). C’est un exercice d’équilibre passionnant, à remettre  toujours sur le métier. Une feuille s’échappe du livre que je m’apprête à ranger. Je reconnais l’écriture de mon épouse devant Dieu et devant les hommes. Elle avait composé une chanson en mon honneur sur l’air de « Mon homme », histoire de remonter le moral d’un compagnon un brin déprimé à l’époque. C’était il y a quinze ans. J’ai déposé le texte sur la table du déjeuner. Elle se souvenait très bien du moment où elle avait chanté. Elle n’a eu aucune difficulté à reprendre sa création. Nous avons souri. Nous sommes toujours là et bien là ; mon coup de mou est de l’histoire ancienne. Pas celle de notre union. Je n’ai donc pas besoin de voir Rock'n Roll où Guillaume Canet met en abyme son binôme avec Marion Cotillard. Nous irons plutôt voir Sage femme.

     

    P.S 1. Le second livre extrait de ma bibliothèque : S'aimer longtemps, d’Yvon Dallaire, Les éditions Option santé, 2013, dernière édition.

    P.S. 2 Dans le genre comédie conjugale et dérivés, ce soir sur Télé belge, Crazy Stupid Love


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