• Trois femmes et un garçon

     

                                                                 

    Dorothéa s’est mariée en pensant que c’était de l’amour. Elle a fait ce qui était le mieux en ce temps-là. A cinquante-cinq ans, cette californienne libre et progressiste se demande si elle est encore dans le coup. Elle confie « l’éducation sentimentale » de son adolescent de quinze ans à Abbie, sa locataire et à Julie, la grande amie de Jamie, le fils sensible et intello. Nous sommes en 1979, à Santa Barbara, proche de la côte ouest des États-Unis. Nous serons en 1982 au terme de ce très singulier portrait de femme (s), juste avant les années Reagan et le sida. Après la conquête de l’espace au début des années soixante, j’ai repris une tranche d’histoire vue cette fois par le bout de la lorgnette.

    A condition d’oublier les accents très américains de cette chronique douce et un brin amère, 20th Century Women (1 mars) séduit par son très beau trio d’actrices - Annette Bening, Greta Gerwig, Elle Fanning - et sa façon douce de prendre le pouls d’êtres  qui ont peur d'eux-mêmes. Dorothéa confie son fils à des femmes plus jeunes parce qu’elle souhaite pour son fils une vie plus heureuse que la sienne. Elle intègre William, un locataire zen, dans le conseil pédagogique, Jamie ayant besoin d’une figure paternelle. En fait, Jamie va assez bien et même plutôt mieux que ses conseillères. Portraits des protagonistes de ce film indépendant US.

                                                                     

    Abbie (née en 1955) a du mal à boucler ses fins de mois. Elle photographie toutes les péripéties de sa  journée. Elle a jugulé un cancer cervical mais n’aura jamais d’enfant, selon le corps médical. Abbie est cruche avec les hommes, crue dans les mots, flottante dans les actes. Elle écoute de la musique punk en gesticulant à gogo. Elle danse dans sa chambre ou dans un club underground.

    Elle fait parfois le coup de poing.  20th Century Women : Photo Greta Gerwig

    Julie (née en 1962) a eu sa première relation sexuelle à quatorze ans. « C’était horrible». Depuis, elle se donne au premier venu, ça lui plaît à moitié, et pour cette moitié de plaisir, elle continue. Elle dort à côté de son ami Jamie, lui très amoureux. Entre eux, c’est une grande amitié. Julie apprécie la candeur de Jamie, sa pureté, elle ne couche pas avec lui. Elle fume, elle est presqu’ aussi longue

    qu’Abbie. Sa mère l’ignore. 

    20th Century Women : Photo Annette Bening, Lucas Jade Zumann Jamie (né en 1964) se demande comment rendre une fille heureuse. Il lit les bouquins féministes prêtés par Abbie. Il note les cours de la bourse avec sa mère, perpétuant ainsi une habitude que Dorothéa avait prise avec son ex-mari. « Il écrivait de la main gauche et me grattait le dos avec la main droite, c’était délicieux ». Jamie a peur de grandir, il accompagne Abbie à la clinique et au club. Il ne sait pas trop quoi penser de sa mère. Assez conciliant, un peu brosseur.

    Dorothéa (née en 1924, décédée en 1999).  Elle a eu Jamie à quarante ans. Fume comme un pompier. Elle loue des chambres dans sa maison et possède un petit portefeuille d’actions. Elle a traversé la grande dépression des années trente et en a gardé le sens de la solidarité. Ses locataires (Abbie et William) et elle forment une petite communauté autour de Jamie. Elle essaie de rester « in », s’inquiète du temps qui passe, cherche à saisir l’essence de la musique new-wave. Dorothéa garde une part de mystère, préserve son indépendance et se défend d’espérer refaire sa vie. Très tolérante avec son fils, avec les gens en général.

    William ( né en ?), disons une grosse quarantaine. Mécanicien, n’a pas réussi dans les études. Sa virilité discrète attire les femmes. Il les prend et puis ne sait qu’en faire. Il a vécu en communauté à la traîne de son premier amour. Caractère bonhomme et parole

    prudente. Potier sur le tard, médite à ses heures. Un brave type.  20th Century Women : Photo Billy Crudup

    Vous voyez le tableau ?  (You get the picture ?)

    C’est le deuxième film de Mike Mills consacré à sa famille après Beginners, réalisé juste après la mort de son père, hommage à un paternel qui a affiché et vécu son homosexualité à septante ans. Les deux volets familiaux émettent une mélancolie sourde. Une fois encore, ce cinéaste très pudique interroge le sens de sa vie à travers des parents admirés et aimés.

                                                                               20th Century Women : Affiche

    Il insère des images d’archives, des citations littéraires et philosophiques au fil d'un récit longuet et attachant sur la longueur (comprenne qui pourra). Je retiens un discours du président Jimmy Carter, sur la fragmentation de la société et les dangers d’une consommation éhontée. Prémonitoire en 1979 et toujours actuel. Il n’a pas été réélu, battu par l’acteur gouverneur Reagan.

    Je n'aurai pas le plaisir de compléter mon voyage au pays de la femme américaine. Certain Women sur les écrans français depuis le 22 février ne sort pas en Belgique. Ces quatre portraits de femmes vivant dans le Montana auraient bouclé un triptyque couvrant soixante années d'émancipation féminine.

    À suivre, ce soir, Chez nous, en mini ciné-club sur le pouce. Encore un portrait de femme, bien de chez nous, pour changer.

     

     


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