• Trois fameuses trempes

            Les confessions de Gérard Depardieu sortent cette semaine au Cherche-midi. Gérard l'a emporté sur Kate. Le réel a défait la fiction. Hunger Games - L'embrasement

         Innocent m'a mis en appétit.                                                                                           Hunger Games 3 m'a laissé sur ma faim.

                           J'étais en place pour regarder la première partie du dénouement de la saga sur une chaîne commerciale.

    En attendant le début, j'ai zappé sur la publique France 5 et sa Grande librairie. Gérard Depardieu était l'invité unique d'une émission autour de son autobiographie parue au Cherche Midi. L'acteur s'est livré sur sa passion de la lecture. Lire l'a sauvé. Il ne comprenait pas forcément, mais déjà les titres lui parlaient, tel Le chant du monde, de Giono. Le verbe posé, les gestes contenus, blouson de cuir, les pieds croisés à l'envers sous son siège devant une table couverte de livres, Gérard puise, feuillette, se souvient et raconte.

    Bon, retour au film. Je dois l'avoir vu avant de suivre le dénouement aujourd'hui sur grand écran. Mais j’ai la tête ailleurs. Je pense à Depardieu qui s’est fait tout seul. Sa famille était analphabète. Il a grandi dans le ruisseau. La vie l’a pris, pas l’école. Il accouche sa mère à sept ans de sa sœur Catherine. Il a connu Sagan et Duras, tout de même.


    Cependant, la révolte gronde dans les districts. Katniss est prête à sacrifier sa vie pour sauver sa famille. Les anciens vainqueurs sont priés de reprendre du service sur ordre du Capitole. Ah, chouette une coupure publicitaire. Vite, retour à la Grande librairie. Les auteurs défilent : Dostoïevski après la science-fiction, Jim Fergus, Stefan Zweig, Saint-Augustin… souvent lus la nuit. Les classiques aussi : Hugo, Dumas, Balzac.

     

      http://s.s-bol.com/imgbase0/imagebase/large/FC/2/8/9/0/1002004013270982.jpg       L'Autre Dumas : Photo Gérard Depardieu, Safy Nebbou            Affiche du film Balzac

    L’acteur les aime au point de les incarner ou leurs œuvres à l’écran.


    Bref coup d’œil sur la progression de la sédition contre l’ignoble Snow. Rien à signaler. Je m’installe dans les pages de Gérard, la conscience tranquille ; le film est beaucoup plus long que l’émission. J’aurai le temps de voir la fin.


                                                 «La littérature, c’est ce qui nous permet d’aimer mieux.»


    Les relations étaient plus faciles avec Marguerite Duras qu’avec Françoise Sagan, toujours à vif. Il raconte une audition chez Duras. Elle lui dit : marchez sur moi ! Lui, étonné, s’exécute. Il avance, avance jusqu’à la toucher. Et elle, de s’écrier, bon, bon, ça va, arrêtez ! Vous faites vraiment peur. Je pense que vous conviendrez bien pour le rôle.


    «Elle avait eu peur, je ne jouais pas, je vivais. J’ai envie de vivre, pas de jouer. Ce qui m’intéresse sur un tournage, ce sont les rencontres.»


    Gérard parle vrai, il a du caractère, une forte personnalité. Les héros des interminables Jeux de la faim paraissent fades à côté.

    J’étais en outre conditionné  car j'avais croisé Le prodige (18.11 en Belgique, 16.09 en France) en fin d’après-midi, biopic sur Bobby Fischer

                                                                 Le réalisateur américain Edward Zwick a adapté très librement le duel échiquéen entre Fischer et Spassky en 1972.

     

                   champion du monde des échecs au terme d’un tournoi historique contre le russe Spassky en 1972.

    http://ziarulfaclia.ro/wp-content/uploads/2012/10/Boris_Spassky.jpg Je ne connaissais rien aux échecs à l’époque, ni aujourd’hui, mais j’avais suivi la joute du siècle,                   très médiatisée, enjeu politique en plein déclin des États-Unis après leurs revers en Chine et au Vietnam. Bobby était sommé de redorer le blason terni de l’Oncle Sam.

                                                                  Bobby Fischer in New York, 1962.
    Le génie n’a cure d’être un symbole. Il a une seule obsession, battre les Russes, truqueurs et menteurs. Il étudie leur jeu dix-huit heures par jour pendant quatre ans. Fischer, fils d’une mère frivole, juive et communiste, abhorre les communistes et les juifs. Il écarte sa mère des tournois, sa présence le déconcentrerait. Bobby a coupé les ponts, furieux du silence de sa mère qui refuse de lui expliquer  pourquoi son père a disparu.


    Bobby a des problèmes dans la tête. Ce brouhaha mental le rend ultrasensible aux bruits ambiants dans la salle de jeu. Il aspire au calme. Ses exigences exaspèrent (distance du public, caméras silencieuses, échiquier en bois, primes exorbitantes). Son comportement fantasque désarçonne ses adversaires. Il s’agit de briser l’ego de l’autre, de viser son effondrement mental.

    Les échecs, c’est d’abord un affrontement psychologique. Des milliards de combinaisons sont possibles, mais un seul coup est gagnant. Une fois joué, il n’y a plus d’échappatoire. Le visage du vis-à-vis se décompose, il anticipe instantanément l’issue fatale.
    J’ai été captivé, fasciné par ce qui dépasse l’entendement, une ingéniosité cérébrale qui emballe les neurones jusqu’au vertige.

    J’éprouve la même admiration face au génie mathématique, celui de John Nash

    Le mathématicien américain John Nash était célèbre pour son travail sur la théorie économique des jeux. Il reçut le prix Nobel d’économie en 1994. dans Un homme d'exception. Nash comme Fisher voulaient être les meilleurs du monde dans leur domaine. Ils ont souffert tous deux de sérieux troubles mentaux, régulièrement déconnectés du réel, en proie au délire ou aux hallucinations.

                                                                        Le Prodige : Photo Tobey Maguire


    La chasse aux sorcières menée par les États-Unis contre les communistes en 1950-54 a certainement grevé l’enfance de Bobby. Les voitures du FBI en planque devant la maison, les photos des allées et venues prises ouvertement, hantent l’esprit tourmenté de Bobby adulte. Il craint toujours un mauvais coup qu’il s’efforce d’éviter sur l’échiquier à la fois salvateur et périlleux.

                                                  
    Fischer, Nash, Depardieu, des êtres excessifs et inspirés. Tellement attachants et épouvantables pour l’entourage.
    L’avant-soirée et la soirée d’hier m’ont dissuadé d’aller voir Hunger Games 4. J’attendrai la diffusion à la télévision, à moins que... ce soir-là, Robert Redford n’évoque son engagement politique et écologique sur une chaîne publique.

     

     

                   Reprise de l'atelier Cinémouvance sur l'estime de soi  le 12 décembre 


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