• Tri sélectif sur la Croisette

                                                                                              

     

     

    Ce jeudi 13 avril, Thierry Frémaux, délégué général, et Pierre Lescure, président, dévoilent la sélection officielle du 70e Festival de Cannes au cours de la traditionnelle conférence de presse printanière (en direct sur Dailymotion). Celle-ci a été avancée d’une semaine afin d’éviter l'engorgement médiatique du premier tour de la présidentielle française. Une semaine de moins, c’est énorme dans la course contre la montre menée pour confectionner l’affiche de la compétition mais aussi composer le programme de la Quinzaine des réalisateurs, de la Semaine de la critique, des séances de minuit, des séances spéciales et du hors compétition. Le sprint commence le 1er mars, un mois et demi voué à la vision en chaîne de films jours et presque nuits. Les trois comités de sélection ont vu 1869 longs-métrages l’an dernier (mille films suffisaient il y a dix ans), rapporte Thierry Frémaux dans son journal de bord 2015-2016, dont j’ai terminé la dernière partie consacrée à la composition acrobatique du Festival. « Désormais, les projections rythment nos existences. Tous les jours, je vois un premier film à la maison, pendant le petit déjeuner (14 mars, p.423)… Les week-ends de mars et d’avril, je reste enfermé. Une vingtaine de films au programme, longs-métrages à peine montés, non mixés, jamais sous-titrés qu’en anglais primaire (2 avril, p.461)… Après une bonne dizaine de films et deux courts repas, mes yeux s’épuisent, comme les feux dans les deux cheminées de la maison (p.449).

    Dans sa prison dorée, qu’il réintègre toujours avec entrain et curiosité, le patron du festival garde sa lucidité. Les visionneurs visionnent chez eux, à la salle du sous-sol du siège parisien de Cannes, parfois chez le distributeur. Il pointe le risque. « Le danger est là : « on a vu tant de films qu’on en perd notre jugement » (p.484).                                                                                                       

                                                                         Festival de Cannes 2017 : Monica Bellucci maîtresse de cérémonie de la 70e édition

    Heureusement, il y a les avis (écrits) circonstanciés ou lapidaires des visionneurs, les discussions, les deuxièmes projections. Un groupe de jeunes voulu par Thierry Frémaux, fouille les abimes. Ces spectateurs de l’ombre défrichent les écrans. Ils regardent le tout-venant des DVD qui arrivent par centaine chaque jour. Finalement, comment s’opèrent les choix ? « Eh bien, comme le ferait n’importe quel amateur : in fine, c’est au sentiment, à l’intuition, à la passion, à quelques instruments de mesure d’opinion, si tant est qu’on puisse en prévoir l’humeur » (p.488)… « Une Sélection officielle reste donc ce mélange de choix et de renoncements, d’emballements et de crève-cœur (p.436). Le sélectionneur ne poursuit qu’un seul objectif : faire la meilleure sélection possible, représentative des tendances du cinéma mondial. Les films français sont choisis en dernier lieu, parfois à l’avant-veille de la conférence de presse, après les avoir tous vus, l'un après l'autre.Tout le monde est mis ainsi sur une même ligne. Un film hexagonal terminé en février n’est pas avantagé par rapport aux productions tardives.

    Les réalisateurs chevronnés côtoient le premier film d’une inconnue.                     L'an passé, les sélectionneurs ont dit 1800 fois non et 69 fois oui. « Soyez net quand c’est non », avait conseillé Gilles Jacob à son successeur. Pas si simple. « Au début, j’avais du mal. Je ne voulais pas ajouter l’humiliation à la déception. Mais le conseil était avisé car il n’y a rien de pire que de laisser un doute. Avec le temps, j’ai appris, je crois, à mettre des formes sans  céder sur le fond » (p.470-71). La colère d’Emir Kusturica (un habitué) résonne encore après le refus d’un brouillon de film.

                                                                        

    En 2016, le jury, sous la présidence de George Miller, a couronné Ken Loach, déjà palmé. Pourquoi s’être donné tant de mal pour sacrer un vieux de la vieille, ricane un observateur. Les délibérations des jurés se déroulent dans le plus grand secret. Tablettes et téléphones sont confisqués le temps d'établir le palmarès dans un lieu qui change chaque année. Cannes cultive le mystère sur ses affinités électives même si l’auteur de Sélection officielle tient passionnant livre ouvert sur les arcanes du plus grand festival du monde, un des trois événements les plus suivis dans la presse, avec le Tour de France et les Jeux Olympiques.

     

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