• Trauma requalifié

     

                                                            Plus fort que le silence bande annonce

    Treize ans après avoir été violée, une femme apprend que son violeur emménage dans le quartier. Ses jambes se dérobent sous elle, les yeux lui sortent de la tête, les larmes coulent en silence. Lorsque Carole entre en contact visuel avec son tortionnaire, elle ferme les yeux et  réprime un cri, la respiration bloquée. Elle n’a jamais parlé de l’outrage subi à dix-sept ans. Elle a voulu se suicider après s’être regardée dans un miroir, se trouvant sale, coupable et honteuse. Puis, elle a enfoui profond cet épisode horrible de sa jeune vie.

    Ce petit téléfilm de l’après-midi, Plus fort que le silence avait retenu mon attention, moi qui suis plongé dans l’étude des réponses aux séquelles post-traumatiques. Les thérapies narratives ont une approche originale du traumatisme. Elles l’abordent dans une perspective de re-vivre plutôt que de sur-vivre. Les conversations collaboratives modifient l’encodage mémoriel du vécu traumatique en insistant sur les ressources activées pour limiter les effets d’événements violents et pénibles. De la vie niche dans les interstices du traumatisme. Nous possédons des capacités préexistantes permettant de répliquer à l’emprise d’un abuseur sexuel, d’un harceleur ou d’un conjoint violent.

    Coupure mentale avec la situation, insensibilisation, faire le dos rond, baratiner l’oppresseur, ces résistances subtiles constituent des ressources généralement ignorées ou sous-estimées, note André Grégoire, thérapeute narratif canadien. Et de citer cette femme, réfléchissant aux différentes façons de résister psychologiquement aux viols répétés de son père :
    Je savais qu’il pouvait prendre mon corps mais qu’il ne m’aurait jamais. Une autre se voit flotter mentalement derrière l’oreille d’un éléphant bleu chaque fois que son père la violait.

    Ces formes de résistances subtiles sont valorisées par le questionnement curieux et empathique du thérapeute :

    Comment avez-vous fait pour imaginer l’oreille bleue de l’éléphant ?
    Qu’est-ce que ça dit de vous ? Quelle présence d’esprit vous avez eu. Est-ce habituel chez vous où cela révèle-t-il une facette inconnue de vous ?

    Plus la personne détaille sa réplique à la violence, plus elle s’imprègne de sa vitalité intérieure, de sa créativité dans sa façon de résister à l’oppression. Elle retisse une continuité dans son identité désintégrée par le traumatisme.

    Carole a longtemps gardé le silence. «Si j’arrête d’y penser une certain temps, je finirai par oublier. En fait, on n’oublie jamais.»

    Le corps engramme le choc. C’est d’abord des sensations corporelles qui revivifient la douleur de Carole lorsqu'elle entend  prononcer le nom de son agresseur treize après. Ensuite la parole libère, elle lâche tout à son mari, les larmes aux yeux, le corps tremblant. Elle convainc plusieurs femmes abusées de confondre le violeur qui jouit d’une excellente réputation.


    Son argument massue : préserver de futures victimes, neutraliser le violeur impuni et respecté.Ce combat difficile contre la peur, l’indifférence, le machisme, donne un sens nouveau à son existence et requalifie le traumatisme, devenu tremplin vers des valeurs gratifiantes : altruisme, dignité, courage, réussite. Les quatre femmes unies brisent une impunité insupportable, obtiennent reconnaissance et réparation de l'outrage. 

    Ce téléfilm de bonne facture illustre parfaitement une des visées des thérapies narratives : créer de nouvelles narrations qui stimulent de plus grandes possibilités dans la vie, des histoires alternatives accordées aux valeurs, intentions, aspirations et rêves du narrateur.

    Le récit modifié d’un événement douloureux stabilise une nouvelle identité reliée à nos ressorts profonds et non plus noyée dans des effets paralysants et dévalorisants.

     Un film me revient immédiatement en mémoire, inspiré d'un histoire vraie, Accused, https://marciokenobi.files.wordpress.com/2012/11/jodie-foster-the-accused.jpg                                                                                                                                      qui avait valu un Oscar à Jodie Foster en 1989.

                                               

                              Prochain atelier Cinémouvance le 27 février 2016 sur les secrets de famille

     

     


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