• Tournants

     

     

     

    Avant de poursuivre la recension de mon triple voyage dans les coulisses du cinéma, je vous parle de trois films croisés dans un été plutôt pauvre en toiles étoilées.

     

            De toutes mes forces : Affiche    Marie-Francine : Affiche    K.O. : Affiche

     

    Je commence avec De toutes mes forces (31 mai en Belgique, 3 mai en France) pour me donner du courage et parce que le film autobiographique de Chad Chenouga a résonné avec des souvenirs personnels. Chad avait déjà parlé de son enfance il y a dix-sept ans dans 17, rue bleue. Il a également écrit  une pièce de théâtre qui relate son acclimatation à la France en 1962 après avoir vécu cinq ans en Algérie. Le cinéaste  divulgue un nouveau pan de son histoire, l’adolescence chahutée d’un lycéen confronté à la mort brutale de sa mère. Placé en foyer d’accueil, Nassim (17 ans) continue à fréquenter un établissement bourgeois loin d’une maison de jeunes où il peine à trouver ses marques. La plupart des comédiens sont des jeunes de banlieue en décrochage. Ils ont accepté de participer à des ateliers d’improvisation durant huit mois. Ce travail a nourri l’écriture d’un scénario situé à la lisière de deux mondes inconciliables. Nassim cache sa nouvelle condition à ses amis des beaux quartiers. Une posture intenable qui le forcera à se rapprocher de ses compagnons de foyer, petits délinquants en puissance, sevrés de tendresse familiale. Nassim oscille entre la marge et le bac.

    De toutes mes forces : Photo Khaled Alouach Il  trouve appui chez la directrice et une bûcheuse, en lice pour le concours de médecine. Une question le turlupine à propos de sa mère adulée : s’est-elle suicidée ou est-elle décédée de mort naturelle. La réponse dort dans son dossier, dont la lecture est réservée aux « encadrants », lui explique la directrice (Yolande Moreau). La justesse de ton, le vibrato d’acteurs familiers des foyers et la mélancolie sincère du réalisateur composent l’itinéraire touchant d’un carrefour de vie agité.

    En revanche, je n’ai éprouvé aucune empathie pour Antoine, directeur des programmes arrogant et méprisant d’une chaîne  de télévision.

                                                                    K.O.

    Sa vie bascule quand un animateur déchu lui tire dessus à bout portant. Antoine sombre dans le coma et se réveille dans une autre vie. Il est au bas de l’échelle, sa femme ne le connaît plus. Il a perdu toute sa superbe, il vit un véritable cauchemar, il ne sait plus qui il est. On suit d’abord intrigué, les efforts d’Antoine pour remonter la pente, puis on se lasse des méandres narratifs d’un récit mâtiné de suspense et de fantastique. Ce K.O. (21 juin) laisse groggy sans mettre le spectateur au tapis. En mode rêverie, j’ai pensé aux tournants de vie, tremplins d’un changement de cap éventuel.

    « Pour changer de vie, les itinéraires sont multiples. Ils ne se présentent pas à nous dans la facilité et le plus souvent ils se découvrent ou se proposent après une épreuve, un moment de choix où nous sommes vulnérable et plus ouvert. » (Le courage de changer sa vie, Anne Ducrocq, Albin Michel, collection  Espaces Libres)

    Antoine est sonné mais il a encore la rage du pouvoir. L’heure est à la revanche, pas à la remise  en question d’une attitude écrasante vis-à-vis de ses proches et de ses collaborateurs. K.O. n’a nulle prétention philosophique. Je me permets donc d’ajouter une citation utile à ceux qui hésitent sur la suite de leur parcours.

    « Bien souvent, les questions à résoudre dans nos vies se posent dans la durée, la résolution du problème, mûrit à son rythme. Pendant longtemps, notre réponse aux évènements sera plus ou moins réactionnelle, plus ou moins libre, plus ou moins juste mais c’est ainsi : la maturité suppose un chemin à parcourir. Un jour, l’heure sonne, on sait comment agir. Quand la situation est mûre, on quitte le monde du choix et l’on passe dans celui de l’évidence. En quelque sorte, ça ne discute plus en nous. Ce qui doit s’accomplir s’accomplit, c’est tout. On peut alors partir sans même se retourner. Un chapitre de la vie est clos. »

                                            Marie-Francine Belgique, France 2017 – 95min.

    Marie-Francine (31 mai) est bien obligée, elle, de clore plusieurs chapitres de son existence le même jour. Elle est virée de son boulot, son mari la vire et elle vire de bord, contrainte et forcée de retourner chez papa et maman à cinquante ans. Ce vieux couple vieille France considère toujours leur fille comme la petite fille qu’il faut materner et sermonner (ou l’inverse). Valérie Lemercier signe un cinquième film gentillet, qu’elle qualifie de « comédie romantique », alors qu’elle pensait faire un film (amusant) sur le rebond à la cinquantaine. Cela manque de rythme, d’originalité, mais l’idylle naissante entre un cuisinier en faillite souriant et la chercheuse aux quatre vents force la sympathie. Les seconds rôles dépeignent des classes sociales typées, les bourgeois bien pensants et une concierge portugaise d’un immeuble de maître. La bande originale mêle fado et Michel Legrand. C’est agréable. Aucune prise de tête, un vague sourire à la fin de la projection et l’esprit léger grâce à l’abattage de Valérie, devant et derrière la caméra, dirigeant un Patrick Timsit apaisant, quelles que soient les circonstances. N’empêche, les grands comiques deviennent une denrée rare.

    J’avance bien dans la lecture des Secrets de cinéma, confidences de trente réalisateurs français sur des tournages marquants.  Fiche de lecture dans les prochains jours.

     

     

     


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