• Tour de passe passe

     

     

     

    Maintenir les liens. Écrire, c’est maintenir. Vous écrire. Qu’importe, si j’ignore qui vous êtes. 

    Les cinémas ferment leurs portes. Plus d’histoires de films, rien que le film des histoires que je vis ou j’imagine vivre.

                                                 Drôles d'oiseaux : Photo Lolita Chammah 

     

    La dernière en date sourd d’une intuition survenue en regardant Drôles d'oiseaux sur Arte (jusqu'au 31 octobre).

    Une femme déambule dans Paris. Les journées sont longues, les nuits passent très vite, écrit-elle dans un cahier intime, attablée dans un café. Elle lit aussi. Prévert, Duras et Virginia Woolf.

    Je pense au livre de Laurent Gaudé, Paris, Mille vies, errance nocturne à la remorque d’une ombre chargée de souvenirs. Et si cinéma et littérature se confondaient...

     

     

             Il y a tant de passerelles entre les mondes, mais nous avons désappris à les voir.

    La promeneuse hérite d’une bouquinerie, rue Montagne Sainte-Geneviève, dans le cinquième arrondissement. Je lis, page 32 :

    "La montagne Sainte-Geneviève garde en elle le souvenir du vieux rire de carnaval qui remonte au Moyen Âge."  

    La plume de l’écrivain donne chair aux images. Voyons qui prend le dessus.

    La jeune femme a quitté la province. J’ai tout quitté. Pour m’éloigner. Pour respirer. C’est beau Paris, c’est comme un piège. 

     

                                                      Drôles d'oiseaux : Photo Jean Sorel, Lolita Chammah

    Elle rencontre un libraire misanthrope. Mavie (c’est son surnom) s’incruste. Elle vide les caisses, range les livres sur les rayons. Le vieil  homme dit le minimum. Puis un jour, Tu m’accompagnes, j’ai envie de me promener.

    Ils cheminent en silence, contemplent un panorama de Paris, côte à côte, sans se toucher.

    J’aime tes silences, ta mauvaise humeur, murmure Mavie en voix off. Un lien se noue tandis que le promeneur de Gaudé ferme la nuit.

    "Nous avons plusieurs vies. Elles s’embrassent les unes les autres ou s’ignorent. Elles se succèdent posément ou se brûlent entre elles, mais vient parfois le moment d’en laisser une s’estomper pour en découvrir une nouvelle."

    Le libraire a un secret, voile sur une vie antérieure. Le présent conjugue le renouveau. Mavie offre un tournant. Il n’est pas important de savoir qui on est, ce qui compte c’est de faire ce qu’on veut, martèle le vieil anarchiste.

    Drôles d’oiseaux est singulier, sera vite oublié, si charmant pourtant.

    Paris, Mille vies, laisse des traces, fulgurances et espoirs.

    L’écrit a le dernier mot.

     

    « Je porte en moi tant de mondes. Et j’en attends encore. Ils sont là, parlent en même temps, se serrent les uns les autres. Il en vient toujours plus et c’est heureux. Mille vies. Oui. Mille vies. Et la mienne, pour essayer de toutes les raconter. »

     

     


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