• Tordu

     

                             L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth             L'Amant Double : Affiche

    L'amant double figurait sur mes tablettes au titre d’objet à observer dans ses versants psychanalytiques. J’y suis allé à reculons et j’ai très vite eu envie d'avancer vers la sortie. Mais je suis resté presque jusqu’à la fin, une fois éclaircie la divagation de Chloé entre deux « psys » jumeaux. L’association libre d’une femme et d’un duo masculin trame l’exposition des fantasmes d’un réalisateur qui se pique de sonder l’inconscient féminin. Ce propos est illustré dans une des premières séquences, gros plan sur le sexe béant de Chloé, écarté par le spéculum du gynécologue qui l’examine pour des maux de ventres. L’œil du médecin se substitue au vagin sur un simple clignement de la vulve. L’œil au sein du sexe, prélude au rinçage de l’œil sur le corps féminin, rarement caressé, souvent malmené, les jumeaux satisfaisant ainsi, ce que l’on croit être les penchants inavoués de Chloé, en cure chez les deux frères.

    J’ai toujours du mal  à voir des images de corps dénudés, s’enlacer et se prendre sans apprêt. Encore plus lorsque des scènes de plus en plus crues se succèdent. Forcément, il y a deux jumeaux, donc les étreintes sont doublées. On sent l’orientation sexuelle de François Ozon poindre dans des plans qui prétendent approcher le mystère féminin, faute de fusionner avec lui dans une relation charnelle qu’il récuse. Ozon voue un culte profond à la subversion et à la transgression. Il aime déranger et dérouter. Jeune et jolie, avec Marine Vacth également, en adolescente qui se prostitue à la recherche de son identité, m’avait mis mal à l’aise. L’amant double m’a agacé (j’ai tenu bon), excepté la représentation des décors urbains et des salles du musée (exposition sur le corps) où travaille Chloé. La verticalité des lignes bâties, les immeubles filmés à distance, le panorama sur  Paris visible de l’appartement haut perché des amants, noient l’individu dans une réalité lisse et distante.

                                                    L'Amant Double : Photo Marine Vacth

    Chloé erre entre fantasme, imaginaire, réalité et illusion sur elle-même. Inutile de chercher à comprendre, de saisir un fil. Je me raccroche à des détails. Ce psychanalyste, orienté thérapie cognitive et comportementale. Un contresens. Les TCC reposent sur des protocoles standardisés ; la psychanalyse travaille par associations libres, se fonde sur le transfert. De qui se moque Ozon ? Ou cette erreur est-elle délibérée ?  Il est vain de vouloir cerner l’inconscient. Ce denier n’a ni genre, ni polarité. Il n’existe que par  les mots mis par l’être parlant sur cette part de lui-même qui lui échappe et qui le meut. L’inconscient est insaisissable. Platon s’intéressait déjà aux éléments étrangers à la conscience dans l’Antiquité. Ensuite, les philosophes, de Descartes à Nietzsche ont « reconnu la présence de forces cachées, inaccessibles à l’observation directe, et le plus souvent associées au côté obscur de la folie ou de l’animalité » (La psychologie, Nathan, collection Repères pratiques, p.130).

    A L’amant double (14 juin), je préfère le mari simple. Le public aussi, tombé à 35.000 spectateurs en deuxième semaine, après une première huitaine à 64.000. Pas d’inquiétude pour Ozon, chouchou des critiques professionnels. Ozon, comme Desplechin, maîtrise les codes cinématographiques. J’ai d’ailleurs aimé une bonne moitié de ses films, Dans la maison, Swimming Pool et Sous le sable en tête. Je n’irai plus voir ses histoires trop sexuées. Chapeau à Jérémie Renier qui réussit une composition troublante d'un frère et son double.

     

     


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