• Thérapie de couple

     

     

    Les couples les plus mythiques du cinéma Bonne nouvelle, le cinéma soude les jeunes couples. La très sérieuse université de Rochester  a étudié durant trois ans les effets du grand écran sur la vie à deux. Le taux de divorce des couples cinéphiles est deux fois moindre que la moyenne. L’étude ne dit pas quel genre de film unit les amoureux dans un même regard. L’explication de ce phénomène est toute simple. En allant au cinéma, les couples débutants passent du temps ensemble et surtout prolongent l’émoi en échangeant leurs impressions après la projection.

                                        

    Cultiver les échanges constitue un pilier majeur de la vie commune. Les thérapeutes familiaux  insistent  sur la nécessité de prendre le temps de se parler et de s’écouter. Une bonne communication clarifie les points éventuels de discorde. Il est même conseillé d’aborder des sujets délicats comme la fidélité, suggère  la sexologue Thérèse Hargot, auteur du livre Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque).

    Il faut désamorcer les choses et parler de la fidélité avec l’autre, de façon régulière, expliquer nos difficultés par rapport à ça, comment on vit des moments de drague… ça ne va pas toujours de soi d’être fidèle. Il faut en parler ensemble.

     

    Le couple reste un sujet prisé des réalisateurs. L'Economie du Couple - Photo undefined

    A quarante ans, Joachim Lafosse sonde L'économie du couple, présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Marie et Boris se séparent après quinze ans de commune mais continuent à cohabiter avec leurs deux jumelles parce qu’ils n’ont pas les moyens de se reloger. Le cinéaste belge avait envie de faire un film que les « gens iraient voir en couple et qu’à la sortie ils parlent de leur vie, de ce qu’ils ont réussi et raté, de ce qui va et de ce qui ne va pas».

    Le cinéma s’invite en thérapeute, éclaircit une tension, révèle un non-dit. Un film réveille des images et des représentations endormies dans notre for intérieur. Le contact des images animées ouvre une fenêtre sur une indicible clairvoyance, irruption d’un regard neuf sur un symptôme, une anxiété ou un sentiment persistants. J’agis le film en nommant ce que je vois et ressens. Je me fais mon cinéma,  je vois ce que j’ai envie de voir dans une réalité  spécifique à l’après projection, une fois cernées les sensations et les émotions fluctuantes survenues pendant la séance (Le cinéma, une douce thérapie, p.39).

    Encore faut-il être disposé à évoquer le voyage intime d’une projection privée. On a parfois envie de tenir en soi, pour soi, une compréhension diffuse de ses états d’âme du moment. Qui des deux parlera le premier ? Un coup d’œil à votre comparse de vision donne la température de la projection. Parler de ses impressions ou savoir ce que compagne ou compagnon a vu et ressenti ? A chaque couple son modus vivendi, son savoir-faire : laisser un film décanter ou le commenter à chaud. Les échanges débordent régulièrement sur des préoccupations communes inabordables au quotidien. Le cinéma crée un espace singulier, mélange de rêve et de réalité, propice à l’imaginaire et à la lucidité, amorçage d’une parole sur ce qui nous émeut, nous tracasse ou nous réjouit.

                                                      

    Dernier exemple en date, mon laconisme après avoir vu Trumbo, biopic sec (27 avril sur les écrans)  sur la chasse aux sorcières communiste dans les années cinquante aux États-Unis. C’était intéressant d’un point de vue historique, édifiant sur l’intolérance et l’aveuglement des Américains, obnubilés par le péril rouge. J’en sais un peu plus sur la genèse de Spartacus et d’Exodus dont Dalton Trumbo a été le scénariste inspiré. J’admire le soutien inconditionnel de la famille à un homme tyrannique et courageux, déterminé à exploser la liste noire des interdits de tournages pour convictions politiques.

    Un cinéma inspirant sur le plan intellectuel, insipide sur le plan émotionnel. Rien de spécial à dire, j’ai dit.

     


  • Commentaires

    1
    Paul
    Samedi 14 Mai 2016 à 10:06

    Pour info : https://www.rochester.edu/news/divorce-rate-cut-in-half-for-couples-who-discussed-relationship-movies/

      • Samedi 14 Mai 2016 à 18:29

        Le lien est établi. Merci beaucoup. Assez épaté suis-je de voir que tu connais l'étude. 

    2
    Paul
    Dimanche 15 Mai 2016 à 10:39

    Du tout, j'ai banalement consulté Docteur Google pour précision à l'introduction de ton propos ...

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