• Têtes chercheuses

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                                                                  Affiche It follows : le nouveau chef d'oeuvre du cinéma d'épouvante, critique

     

    Je veux toujours comprendre pourquoi un film largement apprécié par le public et la critique me laisse de marbre sur les flancs de la salle. Séance tenante, je plonge dans les articles consacrés au film. Je lis les intentions du réalisateur, les interviews d’acteurs, les réactions des spectateurs. Le plus souvent, ces regards multiples me montrent ce que j’ai vu sans voir vraiment.

    J’ai effectué cette démarche d’explicitation pour Phoenix, de Christian Petzold dont j’avais beaucoup aimé l'opus précédent, Barbara,  portrait d’une femme médecin en Allemagne de l’est, qui essaie de se reconstruire. Dans Phoenix, Nelly entreprend de cicatriser ses plaies physiques, morales et affectives, en ultime survivante d’une famille exécutée à Auschwitz. Elle prie le chirurgien esthétique de reconstituer son visage «d’avant» et de retrouver ainsi son identité et son mari. Nelly a repéré son homme dans une boîte de nuit pour soldats américains, située dans les décombres de Berlin en ruines. Johnny, devenu Johannes ne la reconnaît pas mais lui propose de se faire passer pour sa femme afin de capter un gros héritage. Nelly accepte de jouer la doublure au cours d’un huis clos où elle peaufine son rôle de revenante.

     

       Phoenix : Photo Nina Hoss                    Phoenix : Photo Ronald Zehrfeld


    Reconstruction identitaire, séquelles des camps, dignité perdue, statut des juifs allemands, accents fantastiques, tous ces thèmes ont été noyés dans mon incapacité à admettre que Johnny ne reconnaissait pas son épouse, qu’il semblait ne rien éprouver à l’égard de cette femme à la ressemblance troublante avec sa compagne défunte. Mon irritation a sabordé la convention dramatique établie par le cinéaste. La critique de Libération m’a donné une clef de lecture majeure :


    « … si Johnny ne saurait reconnaître Nelly au point d’essayer de lui réapprendre à être elle-même, c’est simplement là la façon la plus délicate et terrible trouvée par la fiction de nous clamer qu’il ne l’a jamais aimée».


    Cet amour mort-né m’a laissé morne par une après-midi morne et brumeuse, engourdi par un trajet à vélo dans le froid. J’aurais eu besoin d'un film chaleureux.


    It Follows (sortie le 25 mars en BEL)  a bien remué mes méninges aussi. Vu en vision de presse, l’échange avec des copains confrères a éclairé ma lanterne. Nous étions d’accord pour déclasser ce film d’horreur en film inclassable. Cette ambiguïté confère un cachet énigmatique à ce film d’ados qui renouvelle le genre.
    Je me suis donc attaché aux détails parsemés au détour de cadres esthétisants. J’en ai épinglé quelques uns qui ont fondé une interprétation personnelle du sous-texte. D’abord, les jeunes puceaux et pucelles poursuivis par la chose habitent à Detroit, temple sinistré de l’automobile. Quartiers désertés, masures décrépies, feuilles mortes en pagaille installent un arrière-plan décrépit. Les reportages diffusés à la télé montrent des incendies, les DVD regardés sont des films de zombies ou d’horreur fantasy.


    La chose, esprit, fantôme ou mort-vivant,  se matérialise en adulte dénudé nymphomane. Cette entité s’acharne sur la jeunesse "immorale" qui copule sur la banquette arrière de grosses américaines. La seule façon d’échapper à la malédiction est de s’éloigner très fort de la créature ou de passer le tourment à un nouveau partenaire sexuel. Transmettre ou ne pas transmettre, telle est la question.

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    Les adultes absents du décor n’aident pas à répondre. La vierge effarouchée garde le silence et ne se confie qu’aux amis et amoureux. Cette petite bande se ligue au chevet de la belle aux abois. La solution est collective, l’angoisse est insurmontable individuellement.Une scène mémorable dans une piscine illustre les bienfaits de la solidarité, à la fois pour éradiquer la bête et détruire les objets symboles de la société de consommation disposés autour du bassin.


    En résumé, la jeune génération est très esseulée pour affronter pulsions et angoisses dans une société où les adultes défaillent et l’économie chancelle. No future ! C'est la voie royale aux fantasmes paniqués et aux imaginaires morbides, qui incarnent l’effroi juvénile face à un monde en panne d’idéal et de rêve. Heureusement, l'entraide demeure une valeur sûre.

    It Follows ne laisse aucunement indifférent dans la lignée d’un John Carpenter inspiré. Que ce soit en 1945 ou en 2015, la construction ou la reconstruction identitaire est toujours d’actualité.

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Thierry
    Mardi 2 Mai 2017 à 16:20

    Je n’ai pas trouvé « It Follows » effrayant. Le suspense est mal dosé. En revanche, j’ai apprécié le jeu de Maika Monroe, qui a pu m’embarquer dans une folle aventure.  

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