• Tension torride

                                      

     

                                                       Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Roberto Álamo Que Dieu nous pardonne

    Madrid, été 2011. Le pape, les indignés et un psychopathe mobilisent la police. Les forces de l’ordre sont sur les dents, les nerfs à vif. Le coup de poing démange. La violence sourd sous la canicule poisseuse. Le détective Alfaro porte chemise déboutonnée sur un marcel moulant ses muscles noués. Son partenaire Velarde ne quitte jamais son costume cravate. La brute et le génie. Velarde hume les scènes de crime, se couche dans la position du macchabée, explore l’intimité des cadavres en série. Il fouine, prend son temps et bégaie, ce qui agace ses collègues, en particulier Alfaro, sous la menace d’une suspension pour avoir rossé un de ses pairs.

    Le décor est planté. Il y a certes une enquête, mais surtout une descente aux enfers dans les arcanes de la psyché humaine. Rodrigo Sorogoyen se coule dans la nouvelle vague du cinéma noir espagnol. Il pervertit les règles du genre en inscrivant personnages et situations dans un contexte sociopolitique explosif. La hiérarchie impose un silence absolu sur les assassinats et viols de vieilles grenouilles de bénitiers. Déjà cinq victimes et très peu d’indices. La tension culmine lors de  la poursuite hystérique d’un suspect dans le métro. Les pèlerins papistes sont collés au mur. La proie s’échappe. Velarde est muté aux écoutes téléphoniques, Alfaro est viré. Dommage, le tandem commençait à fonctionner, mélange de raison froide et de tempérament rageur. La traque interrompue, nous plongeons dans la vie privée de flics en proie à leurs démons, hérités de l’enfance ou d’une frustration  inhérente au métier.

    S’ils n’étaient pas du bon côté de la société, Velarde et Alfaro seraient peut-être des méchants.

    Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre Velarde trace le profil psychologique du tueur. Il a trente, trente-cinq ans, il a été traumatisé par sa mère,                                                qu’il respecte et dont il se venge aussi en éliminant des personnes âgées de sexe féminin.                                                                      Il détourne une violence foncière sur des inconnus, comme un policier peut se défouler                                        occasionnellement en tabassant un malfrat.

    Ruella Frank observe que les bébés apprennent sur eux-mêmes et sur leur monde à travers des schèmes évolutifs. « Les schèmes développementaux de mouvement commencent dans l’utérus et émergent pendant les première années de la vie ; ils facilitent la toute première formation de la perception de soi et de l’autre, de la connaissance de soi et de la découverte de l’autre. Tous les autres apprentissages apparaissent comme des corollaires ou des élaborations de ces expériences organisatrices précoces.» Nous sommes marqués très tôt.

    Velarde commence à bégayer après une raclée de sa mère à sept ans. Le psychopathe, lui, entretient des rapports très particuliers avec maman avant sa première communion. Dans ce cas de figure, le tueur n’a pu se dépêtrer de cet amour exclusif, coupé des nécessaires relations extérieures qui lui auraient permis d’investir un autre objet d’amour que lui ou sa mère. Alfaro n’appelle aucun

    commentaire, rien n'est dit de son passé.Que Dios Nos Perdone : Photo Roberto Álamo

    Plusieurs scènes sont assez violentes et curieusement ne choquent pas (interdit aux moins de 12 ans) car elles s’insèrent naturellement dans la montée d’une colère à l’égard de soi et du monde. Elle est d’autant plus acceptée qu’elle résonne avec la virulence diffuse que nous avons parfois du mal à contrôler (refouler). Que Dios Nos Perdone tient en haleine de la première à la dernière image tant les ressorts humains perlent à fleur de peau. Un des meilleurs polars de ces dernières années, toujours à l’affiche deux mois après sa sortie en France tandis que les Belges découvrent cette perle ibérique depuis le 18 octobre. Sur les écrans du plat pays aussi, Le fidèle, qui sort le 1er novembre en France. D'excellentes scènes d'action ne sauvent pas un scénario bancal et une direction d'acteurs molle. Je n'ai rien à ajouter, ce serait plutôt à retrancher, donc, Eviva España ! Je ne suis pas chauvin. 


  • Commentaires

    1
    gerlam
    Vendredi 10 Novembre à 20:17

    Un polar qui cache un examen attentif de la société espagnole (madrilène!). Celle-ci refoule sa religion furieusement rétro, sa vénération de l'ordre, et masque donc ses déviants, surtout s'ils sont le fruit, précisément, de la névrose religieuse.

    Film noir, violent, Que dios nos perdone est  réalisé sans peur. Aucun flic n'est blanc, aucun. Le tueur est noir, seul mais révélateur. Les femmes sont blanches et elles perdent tout.

    Grande prestation de Roberto Alamo.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :