• Tant d'images à lire et à dire

                                    Ateliers de ciné-thérapie 16 mai,  23 mai et 6 juin 2015,

     

     

    La ministre de l’enseignement belge francophone veut remettre la lecture au goût du jour dans les écoles dès le plus jeune âge. Le support papier est privilégié. Fort bien.

    45 états sur 50 en Amérique abandonnent l’écriture cursive au profit de la tablette tactile. Fort dommage.

    Plutôt que de vaines querelle sur les avantages respectifs de l’écran et du papier, du bic ou du clavier, la solution n’est –elle pas d’allier les deux démarches dans un souci de complémentarité, en intégrant l’écran et le clavier en seconde main. Fort sage.
    Et l’apprentissage de la grammaire de l’image, où en est-on ? Nulle part ou presque. Fort criticable.

    Pourtant, nous baignons dans l’image, dès notre conception. Les échographies, publiées sur Facebook, témoignent d’une propension à mettre la vie en images. Le berceau est mitraillé sous tous les angles. La photographie numérique clique à profusion. On peut même retoucher les clichés. La réalité nous apparaît démultipliée, compressée, tronquée. Il ne s’agit plus de comprendre cette réalité, mais d’agir sur elle, de la modeler. L’image tourne à l’addiction, soutient l’excitation, abolit la temporalité à l’avantage d’une instantanéité permanente.

    Il convient de sortir des images, de les penser, de leur donner du sens. L’image n’est jamais qu’une représentation subjective d’un réel choisi par d’autres (je ne sais plus qui est l’auteur de cette évidence). L’image naît d’une construction fondée sur une intention. C’est encore plus flagrant pour les images numériques façonnables et transportables.

                                                   Mur d'images NEC - IKKS Champs Elysées  

    L’image est omniprésente sur les écrans dans les centres commerciaux, les restaurants, les salles d’attente, les pharmacies, dans la rue… et dans nos mains sur notre smartphone ou notre tablette. La compréhension des messages graphiques est indispensable, par ex, pour débusquer les vidéos manipulées sur Internet. Cette compréhension passe par le décryptage des intentions et la déconstruction d’une séquence du journal télévisé ou d’un spot publicitaire. L’éducation à l’image devrait intervenir dès le plus jeune âge, les enfants étant confrontés de plus en plus tôt aux écrans.

                                                       Résultat de recherche d'images pour "mur d'écrans"

    Serge Tisseron plaide pour une cohabitation du livre et des écrans. Ces deux cultures correspondent même à « deux nécessités psychiques distinctes. La culture du livre correspond à un pôle plus paternel de la vie psychique, avec ses cadres, ses bornes et son principe d’exclusion des contraires. Au contraire, la culture des écrans, avec son ouverture à l’infini des possibles, correspond à un pôle fantasmatique plus maternel. Nous avons besoin des deux».

    La parole est nécessaire aussi. La compréhension des images passe par le langage qui leur donne sens  simultanément. C’est patent pour le cinéma, enfilade séculaire d’images montées. Le cinéma donne accès à des représentations que nous éclaircissons, amplifions ou enrichissons par les récits  advenus après ou longtemps après la projection. Le cinéma image l’inconscient, celui-ci est structuré par une histoire. Les narrations verbalisent ce qui nous apparaît d'abord confusément. Nous donnons sens aux images par nos mots et ceux des autres.

    Lecture des images, lecture des textes, lecture des écrans, la lecture sous toutes ses formes constitue un exercice intellectuel à pratiquer immodérément.

                                         Photos du film Le Liseur
    Je me souviendrai toujours dHanna, ancienne geôlière SS qui préfère la prison à l’aveu de son analphabétisme.                        Soignons nos liseurs, for intérieur..

     

     

     


  • Commentaires

    1
    madmich
    Dimanche 8 Mars 2015 à 21:21

    Je suis bien d'accord avec toi. Nous avons une facheuse tendance à cliver : le bien d'un côté (l'écriture) et le mal de l'autre (le numérique) ou inversement suivant les continents. Ce qui montre bien la relativité de nos jugements et de nos cultures. Ce qui nous amène à une approche de l'altérité passant par la communication, le moyen de communication. Le principal en fait c'est de communiquer, tout en sachant vraiment quel est le message (bien sûr! sinon nous sommes tous fous). 

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