• Tambour aux soeurs battant

     

     

    La passion d’Augustine : Critique du film | Zickma  Nos déambulations dans Reims nous amènent par hasard devant L'opéra, salle d'art et essai, à 14h55.

     

    La Passion d'Augustine attire notre regard. Le ciel est bas, gris, la ville déserte, nous rentrons pour la séance de quinze heures.

    D’emblée, un chant choral religieux nous transporte dans un autre monde, celui d’un petit couvent planté sur les rives du fleuve Richelieu, au Québec. Nous sommes, disons, en 1963-65, en plein concile Vatican II, l’Église et la société rigide bouillonnent.  

    Dieu ma joie: La passion d'Augustine: le film Soeur Augustine transmet sa passion de  la musique à «ses filles», pensionnaires d’un couvent érigé en conservatoire prestigieux. Des bénédicités harmonieux ouvrent les repas, apaisent à l’orée de la nuit et expriment le bien-être du chant exprimé à l’unisson.

    La mère supérieure, autrefois Simone Beaulieu, médaille d’or au concours de piano de la Province, porte en elle un passé civil à la fois chéri et douloureux, qui transparaît fugacement sur un visage allégrement sévère. "Son" couvent souffle des bouffées de liberté dans un rituel communautaire scandé par la cloche du couloir marquant les changements de cours.

                                                            La passion d'Augustine

    Augustine est sacrément progressiste, au grand dam de la Générale (mère de l’Ordre), garante  d’une éducation traditionnelle destinée à forger les épouses vouées au service des futurs grands hommes du Québec. La sœur musicienne fulmine à chaque entrevue avec sa supérieure. Elle aime patiner sur la glace, la lecture du journal aux repas, les conversations complices  avec Claude, sa sœur de cœur.

    Le goût de l’indépendance chevillée au corps d’Augustine couplée à l’instauration de l’école publique menace la survie de son couvent. L'ecclésiastique déchaînée ameute la presse et  mobilise ses mécènes. Les religieuses  exposent leur communauté au monde et bientôt, leur physique, dépouillé de la robe soutane et de la coiffe. Une séquence admirable montre le dévoilement progressif des recluses du monde enlevant, tremblantes, les oripeaux de leur condition.

    «Je me sens toute nue, ma soeur. – Vous n’êtes pas la seule, rassure Augustine".

    La révolution est en marche, les carcans sautent en phase avec la débâcle des glaces sur le fleuve. Le dégel amplifie à l’arrivée d’Alice, la nièce d’Augustine. L’audition de la jeune prodige replonge Augustine dans sa vie d’avant. Alice ponctue son concerto de Bach d’une improvisation jazzy déployant la fougue et la fantaisie de la jeunesse. Le regard d’Augustine chavire un instant, plus longtemps lorsqu’elle observe Alice et un jeune prétendant rouler dans la neige, avant de rappeler sa nièce à l’ordre, ce qu’elle avait déjà fait après l’audition magistrale de sa nièce : «votre talent n’est pas modeste, mais il ne va pas sans labeur.»

                                                               La passion d'Augustine: un succès surprise | JDM Alice présentera le même concours que sa tante.                   L’histoire se répète et évolue. Augustine et ses consoeurs sont entrées en religion pour oublier une souffrance, fuir le mariage ou échapper au statut tracé de mère au foyer. Les sœurs au Québec étaient avant-gardistes, avaient des idées de gauche. Elles fondent de grands hôpitaux pour enfants, des écoles de musiques renommées. Augustine a toujours gardé un orteil hors l’Église. Vient le moment où « elle a fait son temps, mon chemin de croix est terminé.»

    La caméra classique de Léa Pool  nous plonge au cœur d’une vie spirituelle soudée par la musique, véritable prière de l’âme. Quelle douce prière ! Quelle détente merveilleuse procurent les accords harmonieux au diapason d’une vocation assumée avec légèreté et ouverture. La trajectoire d’Augustine et de ses ouailles indique que la vie est changement, mutation, évolution, que l’on gagne peu à refréner sa vraie nature. Que rien n’est jamais définitif. Une vie peut basculer à la suite d’un deuil, d’une rencontre, d’une synchronicité souhaitée.

    Beaucoup de spectateurs ont sorti leurs mouchoirs pendant la projection. Une histoire simple racontée et imagée avec sensibilité touche à coup sûr nos émotions, ces émotions, sans lesquelles le cinéma paraît bien insipide. La scénariste, pensionnaire jeune  dans un couvent avait un professeur de piano formidable qui a été le détonateur du scénario proposé à Léa Pool, toujours friande de récits d'émancipation féminine. La passion d'Augustine est distribuée en France depuis le 30 mars, elle attend toujours son diffuseur en Belgique.

     La cinématographie québecoise est extrêmement discrète sur nos écrans. Dommage. Denis Villeneuve et Xavier Dolan sont les arbres qui cachent une forêt luxuriante, sur les traces de Jean-Claude Lauzon, Gilles Carles ou Denys Arcand. J’ai découvert le cinéma québecois dans les festivals, j’aimerais le voir plus souvent à l’affiche pour éprouver encore le plaisir d’une séance inopinée au gré d’une escapade en terre champenoise.

                                                             Rue de Vesle | © Reims Tourisme/ Carmen Moya

    Un ciel dégagé nous cueille à la sortie de la projection. Le soleil éclaire les terrasses du piétonnier, la ville semble revivre. Nous disons nos impressions, ma compagne et moi, après ce beau voyage. Peu de mots, nous sommes toujours à flotter dans l’onde bénéfique d’une belle communion avec Chopin, Mozart, Bach, Augustine (Céline Bonnier inspirée), Alice et les autres.     

     

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Clémence
    Jeudi 7 Avril 2016 à 12:07

    Un très bel article pour un très beau film ! 

    Nous sommes ravis que cette séance dans notre cinéma vous ait plu. 

    Au plaisir de vous accueillir de nouveau dans nos salles, pour un futur film québécois qui sait !

     

      • Jeudi 7 Avril 2016 à 12:15

        Merci et tout mon soutien aux salles valeureuses qui diffusent un cinéma de qualité. Namur, où je vis, viens d'ouvrir cinq salles semblables à la vôtre. Je n'étais donc pas tout à fait en terre inconnue.

         

    2
    Samedi 9 Avril 2016 à 00:51
    C'est vraiment un papier satisfaisant.
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