• Tableau d'honneur, tableau noir

     

    Rattrapage. Prolongations. Retour vers la petite enfance. Irréprochable. Catastrophe écologique. Famille et fratrie. Une belle journée.

     

    J’ai vu Irréprochable deux mois après sa sortie en Belgique, toujours visible dans une poignée de salles en France. Le premier long-métrage de Sébastien Marnier figurait sur ma liste de rattrapage établie en fonction des prolongations mensuelles du Caméo, salle d’Art et d’Essai, à Namur. J'ai encore encore au frigo : La danseuse, Fuocommare et Aquarius.

    Le mot prolongations me rappelle les bannières au-dessus des images du film prolongé, regardées enfant quand les salles affichaient encore des photos sous vitrine dans les halls d’entrée. Je rêvais souvent devant les stars et les décors mirifiques exposés à mes yeux admiratifs. Je connais depuis peu l’origine probable de cette habitude de jauger mon envie au regard des scènes figées

    sur papier couleurs. Laissez-moi vous raconter une très belle histoire avant de déplier .

     

    Retour vers la petite enfance

    Tôt matin, je lis les premières lignes d’un courrier venu de Montréal, signé d’une inconnue.

    Nous ne nous connaissons pas mais – si c'est bien de vous qu'il s'agit – quand vous aviez trois ans, vous étiez un rayon de soleil dans la vie de ma grand-mère, Mary TF Huang, qui s'occupait du logement à Oakland en Californie où vivait votre famille.

    Oui, c’est bien moi le petit garçon de trois ans et demi qui aimait se promener avec Misses Wang, c’est le nom que j’avais gardé en mémoire. E. m’a envoyé cinq extraits de lettres de sa grand-mère (issue d’une famille chinoise lettrée) à ses filles où je me vois gamin, me baladant en voiture « autour de l’église et du cinéma». La grand-mère de E. aimait le cinéma, j’imagine que la vieille dame et l’enfant contemplaient goulument les clichés présentés au public. Je crois encore avoir une ou deux photos de cette gentille mamy dont j’attendais le retour sur les marches de notre maison en Californie.

    J’ai continué à lire les larmes aux yeux ces courriers recollant un passé heureux dont je conserve quelques images embellies dans ma mémoire réceptive aux premiers souvenirs consolidés par les récits de mes parents sur cette année américaine. E. m’écrit ce matin le parcours de sa grand-mère après 1958. Mrs Wang est décédée à l’âge de 99 ans, en 2009. "Elle avait pris une place importante dans la vie des ses petites-filles", passionnées par les histoires de leur grand-mère en exil. E.travaille à l'édition de la correspondance entre sa grand-mère et ses enfants dans l'espoir d'en faire un roman épistolaire.

    E.est remontée jusqu'à moi en écoutant une interview sur mon blog où je racontais que mon père rentrait tous les vendredis soir en  claironnant "Are we going to the movie?", habitude prise lorsque nous vivions aux États-Unis. J'ai constaté ce matin la disparition de  cette interview,  j'ai donc supprimé le lien mais j'en ai un nouveau, bien plus beau, celui renoué par-delà l'Atlantique, avec une petite-fille devenue grande, qui cultive ce beau projet d'un roman familial, hommage à une aïeule migrante combative au début du siècle dernier. Life is bigger than movie, la réalité est plus forte que la fiction.

    Parler d'Irréprochable paraît anodin après ce magnifique retour vers ma prime enfance, sauf que j'ai un penchant pour les films sur le milieu de l'entreprise et la concurrence sociale en temps de crise. J'ai en effet sept  titres chez moi sur l' angoisse professionnelle.

     Sauf le respect que je vous dois : Affiche Dominique Blanc, Fabienne Godet, Julie Depardieu, Marion Cotillard  De bon matin : afficheQue les gros salaires lèvent le doigt !

        2005                          2010                         2005                      1982                     1999                  2010                 2011

    J'ai rarement été confronté à la dureté du monde du travail, ce qui explique vraisemblablement mon appétence pour la représentation de conflits sociaux ou de syndrome d'épuisement professionnel (burn out). Cette Irréprochable ne méritait pas les prolongations. Marina Foïs campe une quadragénaire très virile, sans emploi et sans rien, revenue dans sa ville natale, déterminée à regagner sa place dans une agence immobilière lâchée six ans plus tôt. C'est tout pour la facette professionnelle. On a droit à la dérive d'une femme déglinguée, en proie à de fameux troubles psychiques. Constance est perverse, machiavélique, obsessionnelle, masochiste,  mythomane, paumée dans les grandes largeurs. Est-elle vraiment dangereuse? La précarité engendre-t-elle la folie?, c'est la trame ténue d'un premier film excessivement ambitieux. Marina Foïs sauve les meubles grâce à une interprétation musclée. A part son corps et encore, Constance perd le contrôle. Rattrapage raté.

     

    Irréprochable : Photo Marina Foïs

    Pas d'erreur sur la livraison en revanche avec Deepwater  (sur les écrans le 12 octobre) que je comptais ignorer. Mais la critique française élogieuse dans son ensemble au contraire des cinéphiles belges m'a décidé à voir ce film catastrophe retraçant le désastre humain et écologique survenu le 20 avril 2010 au large de la Louisiane. Le pétrole est un monstre indomptable lorsqu'il gicle d'une plate-forme flottant 1580 mètres au-dessus des fonds marins. Des superviseurs de BP économisent sur les tests de résistance après une réparation à grande profondeur. Le forage a 43 jours de retard, il est temps de pousser les manettes à fond. Il en résulte une éruption terrifiante, balayant les installations et onze personnes.

    Le forage dévasté a largué une marée noire de huit cents millions de litres de pétrole dans le Golfe du Mexique. Le procès intenté contre les deux superviseurs a été abandonné en 2015. Le vrai Mike Williams, chef électricien a conseillé la réalisation et la plate-forme a été reconstruite à 85%. Le spectacle est terrifiant de réalisme et je m'incline devant des hommes héroïques face au danger.

    J'ai pris un énorme plaisir aussi à déguster Comancheria (sorti le  21.09 en Belgique, le 7.09 en France) western contemporain où les Texans (de l'ouest) dégainent plus vite que leur ombre. Ils tirent sur deux frères braqueurs de petites banques.Toby l'introverti et Tanner l'exubérant se sont rabibochés le temps de réunir la somme nécessaire à l'achat de la propriété familiale.

                                                            

    Que ne ferait-on pas pour ses fils, concède le flic bientôt retraité à leurs trousses. N'importe quoi en l'occurrence. Fratrie soudée et  famille éclatée, humour et action, Amérique profonde et hors la loi, David Mackenzie dépoussière sacrément le genre. On découvre l'électorat de Trump grandeur nature. Come on Hilary!

     

     

     

     

     

     

     


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