• T'as peur, toi ?

     

     

     

     

                              (sur les écrans le 7 décembre)

    Les dames du Kiwanis Terra Nova ont le nez fin. Le service club namurois a l’art de présenter en avant-première le film familial de fin d’année. Après La famille Bélier, une salle comble a découvert Demain tout commence  avec Omar Sy au mieux de sa forme. Le public était ravi, certains essuyaient même une larmichette à la sortie. La plupart avaient apprécié l’abattage du premier acteur noir à avoir obtenu un César en 2012 pour Intouchables.

                          «J’ai vraiment aimé son jeu pétillant, plein d’allant, naturel comme toujours, cela fait du bien

    Demain tout commence est donc un film qui fait du bien et pour cela il mérite un regard attentif sur les valeurs véhiculées en filigrane d’une comédie assez conventionnelle jusqu’à cinq minutes du dénouement. Le final renversant bouleverse la dimension du deuxième long-métrage d’Hugo Gélin.  

    Jusque-là, rien d’extraordinaire. Omar Sy assure en père d’une petite fille lâchée en colis encombrant par une de ses anciennes petites amies. Gloria, de bébé livré au débotté, est devenue une fillette de neuf ans, épanouie sous la houlette d’un papa gâteau, cascadeur professionnel à Londres.

    Samuel a tout quitté pour ce petit bout : sa place de moniteur de vacances dans le midi, son insouciance et ses peurs de mal faire. Il a plongé dans le bain de la paternité, bond qu’il n’avait pas réussi du haut de la falaise (à neuf ans) quand son père le poussait à sauter et l’invitait ainsi à grandir, lui disant que la peur empoisonne la liberté. Cette séquence-clé d’ouverture résonne au terme d’une boucle axée sur la fête et le plaisir.

    Gloria rate souvent l’école, elle accompagne son père sur les tournages et le ressuscite à la fin de chaque cascade. Elle a un papa immortel, c’est ça qu’elle veut faire plus tard, «immortel». La fête décline avec le retour de la maman. Kristin est décidée à rattraper le temps perdu et réclame une garde partagée. Gloria doit choisir, Samuel encaisse. 

    Lors d’une deuxième vision de La famille Bélier, il y a deux ans, j’avais revu mon appréciation du film sous l’influence de nombreux malentendants présents. Cette fois, l’enthousiasme général a atténué une impression de déjà vu. Je me suis attaché au message sous-jacent, délivré au compte-gouttes en voix off par Samuel. Cette gravité hors champ passe quasiment inaperçue tant Demain tout commence respire la joie de vivre.

                                      

    « La peur de vivre est pire que la peur de mourir.» Samuel ferait n’importe quoi pour Gloria, y compris sauter du onzième étage, lui qui déteste se lancer dans le vide. Gloria a rempli la vie creuse de Samuel, lui a conféré une stature dont le grand-père serait fier.

    Me préparant à un film chewing-gum, formaté pour les fêtes (il l’est un peu, longue bande-annonce trompeuse d’environ trois minutes),  j’avais préparé un paquet d’informations sur Omar Sy, ce fils d'immigrés ouest-africains élevé dans la banlieue populaire de Trappes (Yvelines). Je garde cette interview à l’émission C’ à vous du 11 octobre dernier. On y voit Omar hilare, avec Ron Howard , le réalisateur d’Inferno. Le courant passe entre le vieux réalisateur américain et l’enfant de la balle établi à Los Angeles, à l’affiche de superproductions. Les deux potes  partagent un point de vue identique sur l’engagement citoyen.

    « Je dis citoyen, pas politique, parce que ça n’engage que moi. Il y a quelques mois, j’ai décidé d’ouvrir ma gueule, parce qu’il y a urgence.  On perd sa liberté quand on se tait. Il y a un bruit de fond inquiétant et personne ne veut l’entendre. On me demande mon avis sur les banlieues, mais je n’ai rien à dire, il y a vingt ans que je n’y suis plus. Allez sur place et vous verrez. »

     

    Omar dénonce aussi le "vomi vendu au kilo  à la télé", les émissions bâties sur la provocation et les coups bas. Sa colère prend un relief particulier venant d’une nature joyeuse et optimiste, plébiscitée par des fans inconditionnels. Sa vie est une grande succession de merveilleuses surprises depuis Intouchables.

    « Depuis mon jeune âge, j’essaie d’élargir le champ des possibles, il faut y croire, il faut laisser des portes ouvertes

     J’ai vu un film qui change les idées, un film qui développe une stratégie de compensation, dit Laurent Jullier, permettant d’oublier les conditions de vie difficiles à supporter sans lui. Le cinéma a eu de l’effet sur la communauté rassemblée dans la salle. Reste à déterminer la valeur d’usage de ce film à voir toutes générations confondues, savoir ce que l'on en fait ou pas.

       J’en ai au moins fait un texte.

      


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