• Stop à la confusion

     

                                                                     

    Una joue sur l’ambiguïté à fond. L’intention consiste à brouiller les repères du spectateur. Que cherche cette jeune femme de vingt-sept ans après avoir eu des relations sexuelles à treize ans avec un voisin, ami de son père ? Elle retrouve son «  amoureux » qui a changé de nom et a refait sa vie, sur le lieu de son travail. Ray-Peter a purgé quatre ans de prison pour avoir abusé d’une mineure. Il n’a pas oublié Una mais il s’efforce de revivre normalement, espérant estomper «la plus grande erreur de sa vie.» Una joue au chat et à la souris avec lui. Elle inverse les positions. Elle mène un jeu perfide, tour à tour victime et séductrice. Elle veut que Ray sache ce qu’elle a enduré. Vraiment ? Ou veut-elle reprendre la seule histoire d’amour de sa vie ? Désire-t-elle, adulte, cet homme qui lui a tourné la tête alors qu’elle était sous l’emprise de paroles insensées dans la bouche d’un quadragénaire : « je t’aime  je veux t’emmener de l’autre côté de la mer. » L’adolescente, prise dans les rets d’une relation tabou, semble ne garder pour seule séquelle, le traumatisme d’avoir été abandonnée dans une chambre d’hôtel et de voir anéanti son rêve chimérique d’une idylle malséante. Una, à l’orée de l’adolescence, n’a pas la maturité voulue pour discerner la malhonnêteté de l’adulte.

                                                                                                      

    C’est là que gît l’indécence de la situation, qui n’aurait jamais dû être. Même s’il ressent une attirance sexuelle envers de jeunes pousses, un adulte ne doit, en aucun cas, concrétiser sa pulsion. Soi-disant amoureux, il ne pense qu’à lui en succombant à un désir déplacé. Il n’a aucun avenir à offrir à un enfant subjugué, dans le cas d’Una, par une déclaration d’amour hors norme. Una est restée calée sur cette soirée funeste, elle n’a jamais déménagé. Elle vit avec sa mère. Elle a un boulot insipide. Sa vie affective est glacée, son corps gardant la trace d’un rapport précoce que son esprit s’efforce d’idéaliser. Alors, oui, elle confronte Ray à son passé, tout en étant ambivalente sur ses visées. On dirait qu’elle voudrait vivre la suite de l’histoire, lui donner une issue heureuse.

    Benedict Andrews entend bousculer le spectateur, pousser à bout le malaise de la transgression d’un interdit : la relation pédophile d’un adulte avec un enfant. La société actuelle intègre difficilement l’interdit, dans un climat  où les limites disparaissent, tellement l’adulte peine à interdire dans un contexte de permissivité. Bien sûr, les enfants et les ados d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. Ils devancent souvent leur âge physique,et même le physique (des filles surtout) accélère sa mue. L’âge de la puberté régresse  (voir Les âges de la vie, dossier de la revue Sciences humaines). Les lolitas tapent dans l’œil des mâles de toutes générations. Le corps est désacralisé,  les  parents s’émerveillent et habillent leur fillette en avance sur l’âge. Jean –Pierre Lebrun rapporte dans une très judicieuse plaquette Les risques d'une éducation sans peine , la crise d’une classe de cinquième primaire et la gêne des enseignants dans un groupe sous le charme d’une petite fille de danseuse. Celle-ci et d’autres suiveuses, entraînaient les garçons aux toilettes et monnayaient leurs charmes 1€ ou 50 cents pendant l’heure de midi. La direction est allée dans la classe avec une boîte à questions afin d’ouvrir un espace d’échange. Les parents ont été informés par courrier. « Tout le monde reconnaissait un malaise parce que personne ne savait comment trouver le ton juste sans trop mettre les faits en évidence, mais sans les dramatiser non plus. »

                                                              Una - Photo 5

    Jean-Pierre Lebrun réagit à cette prudence de Sioux. « Il est clair qu’il y a des choses interdites et qui restent à interdire lorsqu’on en est témoin.  A cet endroit, rien ne sert de justifier l’interdiction ; importe seul de rappeler  explicitement quelles choses sont interdites. Ici, en l’occurrence, qu’il est interdit d’utiliser le corps de l’autre pour se satisfaire, même si celui-ci est d’accord. » (p.49)

    Bâtir un film sur un interdit bafoué, en laissant toute liberté au regardant de se faire une opinion selon sa morale ou son histoire relève d’une inconscience propre à une société horizontale, où enfants et adultes sont  sur le même pied, dans une confusion totale des places et des rôles de chacun. Preuve s’il en est de l’égarement général, Una est classé  à voir par tous publics. Même pas une restriction à 12 ans. ABERRANT !   

     


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