• Sports à gogo

     

    Une couverture brune et noire, dénuée d'illustrations, attire mon attention dans une librairie. Je prends le livre en main, cartonné,

    format 25x17. Il me faut du temps pour comprendre que Desports  Adrien Bosc - Desports N° 8 : Sport et Cinéma. est une revue paraissant trois fois par an depuis 2013. Le numéro huit est consacré au couple sports et cinéma, auquel s’ajoute la littérature pour former un trio magique (220 pages). Desports m’intéresse sur le champ, avec ses allures de livre, son iconographie fournie et de longs articles dans la grande tradition du journalisme sportif littéraire, à la manière d’Arthur Londres et Antoine Blondin. Des entretiens fouillés complètent le sommaire, avec

    des personnalités aussi diverses que Jean-Luc Godard, Cédric Klapisch Cédric Klapisch et Renaud Lavillenie lors du tournage du documentaire, le 30 juin 2015, sur la plaine de Laschamps aux pieds des Volcans d'Auvergne. 

    ou Nanni Moretti, tous émus par un sport de prédilection, pratiqué ou suivi, que ce soit le tennis, le saut à la perche ou le water-polo.

    La revue regorge d’histoires méconnues sur l’enfance chaotique de Buster Keaton sur scène avec un père alcoolique, sur la

    naissance du judo vue par Kurosawa (Sugata Sanshiro)

    et sur l’acrimonie de la star du base-ball DiMaggio,                                                                                                                            relégué dans l’ombre dès qu’il épouse Marilyn Monroe.

    Les photos me font rêver plus encore. J’avais oublié la place notable du tennis dans Le jardin des Finzi Contini, terrain d’échanges sportifs et verbaux, défilé de mode autour du court. Paul Newman et Steve McQueen sur le tournage de Virages et de Le Mans me rappellent des moments palpitants. Newman a failli gagner les 24 heures à sa première participation en 1979. En 2008, conscient de sa mort prochaine, il renfile sa combinaison pour un ultime tour plein gaz, ultime ivresse au volant.

    40 photos de Dominique Sanda nue dans Le jardin des Finzi Contini     Paul-Newman-Racer.jpg

    Je ressens la même jubilation éprouvée en feuilletant les vingt-huit volumes de L’Année du cinéma quand je préparais mon livre. Les photos me renvoient aux films souvent vus avec mon père, notamment Grand Prix, en cinérama (écran géant incurvé), les pilotes scellés dans leur baquet de Formule1, le cœur battant la chamade, le regard fixé sur le signal de départ. Un bruit assourdissant succède au seul rythme cardiaque amplifié sur la bande sonore. Magistral et toujours vivace cinquante après.

    Le sport au cinéma, c’est beau, envoûtant, tragique, drôle… écrit une plume lyrique. De grands acteurs ont succombé au charme évident de la joute sportive. Ils ont incarné des  pilotes de courses, des boxeurs, des joueurs de base-ball, des entraîneurs. Des noms me viennent pêle-mêle : Robert Redford, Kevin Costner, Matt Damon, Tom Hanks, Al Pacino, Robert de Niro, Jake Gyllenhaal, Clint Eastwood, Tom Cruise…  Il y aurait eu mille cinq cents films sur et autour du sport, dont un tiers sur un ring de boxe.  

    Le sport, c’est précisément tout  ce que le théâtre et le cinéma ne parviennent pas à être : on ne sait jamais comment ça va finir, il est difficile de prévoir les rebondissements, disait Woody Allen.

    Cette incertitude très cinématographique inspire le cinéma, friand d’événements réels tels la finale de la coupe du monde de rugby dans Invictus ou la dernière ligne droite des Chariots de feu, aux Jeux de 1924, immortalisée par la musique de Vangelis.

    L’Amérique aime le base-ball et son football viril, les européens apprécient le tennis et le football droit dans la lucarne.

    Timbuktu : Affiche Abderrahmane Sissako imagine  même une partie de foot sans ballon pour matérialiser l’interdit dans Timbuktu.  Kevin Costner a manié la batte trois fois et a tâté du club de golf. Redford image La légende de Bagger Vance, conte onirique charmant les greens. Woody Allen signe Match Point, comédie policière amère centrée sur un professeur de tennis. Patrick Dewaere retourne une ville sur un coup de tête. Les cinéastes déclinent les thèmes à l’infini ; le sport est au centre du jeu ou sert de tremplin à des développements sociétaux ou moraux. Dépassement de soi, revanche sur le sort, moteur d’ascension sociale, critique de l’argent roi, folie latente, mégalomanie, les sujets abondent et captivent.

    Deux films récents, nourris de faits réels, connaissent des fortunes diverses. Eddie The Eagle sort sur les écrans français le 4 mai prochain. Il a connu un succès honorable en Belgique et a cartonné dans son pays d’origine, la Grande-Bretagne, ainsi qu’en Allemagne et en Corée du Sud. Good Luck Algeria a attiré une bonne centaine de milliers de spectateurs dans l’Hexagone et peu de monde en Belgique (distribué seulement dans  la partie francophone).La bi-nationalité et la petite entreprise intéressent moins que le grand saut insensé d’Eddie.

    Le sport ne vous dit rien ? Le cinéma en dit long sur l’opium du peuple et éclate le spectacle dans toutes ses dimensions.

     

     


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