• Souffrir ou pas

     

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    Je continue ma semaine internationale. Après la Palestine, la Norvège. Période : 1948-1999.

    1999. Trond s’apprête à réveillonner en tête-à-tête avec sa bouteille et une truite. Prendre une bonne tamponne et dormir longtemps sans mourir, ce menu lui sied parfaitement. Il n’ira pas à la fête au petit village et ne regardera pas le feu d’artifice.

    Il s’attable. Quelqu’un frappe à sa porte. Il ouvre, contrarié, et voilà que le passé lui saute au visage. Il reconnaît le frère d’un ami, son nouveau voisin, disparu depuis cinquante ans. L’été de ses quinze ans liquéfie la neige craquante sous les pieds de l’intrus taciturne. La mémoire secoue la poussière accumulée sur des vacances singulières en 1948 durant lesquelles Trond a endossé sa peau d’adulte.

                                                Ut og stjæle hester : Photo Bjorn Floberg, Stellan Skarsgård

    À soixante-sept ans, il lit toujours Dickens. Il sait encore citer au mot près les premières lignes de David Coperfield : « Deviendrai-je le héros de ma propre vie, ou bien cette place sera-t-elle occupée par quelque autre? À ces pages de le montrer.» Les flash-back tiennent lieu de pages, allers-retours entre le lendemain de la guerre et la veille d’un nouveau millénaire.

    Out Stealing Horses (sortie prochaine en France) transpose en images splendides le roman de Per Petterson, Pas facile de voler les chevaux. Chevaux montés à cru, en se jetant d’une branche d’arbre. Le jeune Trond vit avec son père des moments douloureux et des instants de pure joie, telle cette douche, nus sous l’orage. Hans Petter Moland  pose un regard naturaliste et crépusculaire sur une existence vécue en-deçà des promesses de la jeunesse. Trond a-t-il raté sa vie ? Question normale après la mort de sa femme trois ans plus tôt et le retrait du monde qui suivit le décès de sa moitié, puis de sa sœur.

                                             

    Trond hésite à reconsidérer un passé soigneusement enfoui sous des traumatismes refoulés mais toujours vivaces.Une voix off clarifie les zones d’ombres, décline les pensées développées dans le roman traduit en français en 2006.

    Qu’advient-il des événements dont on ne sait plus rien, mais qui fondus, dans la masse informe de toutes nos mémoires, portent encore la lumière de leur cohérence à la manière d’étoiles mortes irradiant dans la nuit (Laurence Nobécourt Le chagrin des origines, p.147)

     J’aime les longs silences, le contact brut avec la nature à une époque où les troncs d’arbres fraîchement coupés dévalaient les cours d’eaux jusqu’à la Suède.Et s’il fallait solder une vie au long cours, je pourrais reprendre l’injonction du père à son fils :

                                     «En définitive, c’est toi qui décide de ce qui fait mal ou pas.»

                                              Ut og stjæle hester : Photo Tobias Santelmann

     

     


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