• So Deep America

     

     

    Nous continuons à recommander chaudement Finding Your Feet, la comédie britannique de l’année. Le hasard fait bien les choses. Hier après-midi, nous avons retrouvé des amis dans la même salle, ayant suivi le conseil de mon épouse qui accompagnait sa mère nonagénaire. Nous avons organisé une ciné-narration impromptue autour d’une tasse de café le long de la Meuse mosane. Les avis étaient unanimes : un hymne à la vie, agrémenté de cet incomparable humour britannique. Les dames s’identifiaient à l’une des deux sœurs, ou aux deux. Les messieurs avaient tout dit à la sortie de la projection, ils avaient aimé inconditionnellement.

     

    La Route sauvage (Lean on Pete) : Affiche                                                                                                                                                                              J’ai peu évoqué le film que j’avais vu en parallèle, ne voulant pas revoir trop vite une belle toile. J’ai donc opté pour La route sauvage   (18 et 25 avril, sorties belge et française) plutôt que La fête est finie. Ce road    movie n’a rien d’une comédie. Néanmoins, il lance un message d’espoir aux désespérés contraints de plier sous les événements lorsqu’ils n’ont plus nulle part où aller. Sans toit, sans parents, sans éducation maternelle, Charley se raccroche à ce qu’il peut. Il court à l’aube, il copine avec son père inconstant et fier de son fils intelligent. Il espère réintégrer un grand lycée. Il a quinze, seize ou dix-huit ans, il ment sur son âge, il cache sa condition misérable, vivant dans un logement plein de cafards. Il force un petit boulot chez un entraîneur de chevaux. Il s’attache à un cheval voué à la casse. Pete ne gagne plus, ne rapporte plus d’argent, il est condamné.

                                                            La Route sauvage (Lean on Pete) : Photo Charlie Plummer, Chloë Sevigny

    « Ce n’est qu’un animal, lui dit Bonnie,une jockey qui collectionne les chutes.Ce n’est pas ton ami. » Elle lui offre un beignet en guise de consolation. Il apprécie le geste. C’est bon à prendre quand on a eu une mère lunatique, au point d’abandonner son bébé. Charley kidnappe Pete à la veille de son dernier parcours en van vers le Mexique, là où il est permis d’abattre les chevaux de course. La voiture tombe en panne. Charley et Pete poursuivent leur fuite continuent à pied. Le jeune homme serre son talisman en poche, une photo défraîchie de sa tante Margy. Elle avait pris soin de lui, il y a si longtemps. Elle habite quelque part dans le Wyoming, à mille cinq cent kilomètres de Portland, Oregon, havre précaire du garçon. Charley raconte sa vie à son compagnon d’infortune. Pete écoute silencieusement les peines et les espoirs de son sauveur.

    L'homme et son cheval se séparent. Commence une course à la survie, de jobs faméliques en rapines dangereuses, au pays des laissés pour compte, résidents de caravane miteuses. L’Amérique aux deux visages, ceux que Charley interroge en s’observant dans les miroirs de toilettes de drugstore. Il rencontre le pire et le meilleur, souvent des figures de mères nourricières, telles ces serveuses compatissantes, qui lui offrent une glace ou lui sauvent la mise. Charley ne demande pas la lune, juste un semblant de famille et un toit accueillant.

     

                                                 La Route sauvage (Lean on Pete) : Photo Charlie Plummer

    La route sauvage (Lean on Pete) a un air de déjà vu et pourtant j’ai marché la plupart du temps, sidéré par la décrépitude d’une Amérique ignorée des médias et des pouvoirs publics.Charlie Plummer, primé à Venise, a su incarner le désarroi et la fragilité d’un adolescent livré à la tendresse et à la violence d’une errance désargentée. Pâlot, lessivé, il flotte, surnage et tient bon la bouée de l’affection d’une tante, prodiguée tôt sur terre.

    « Quand tu n’as plus nulle part où aller, tu es bloqué. Il est odieux avec moi, mais c’est mieux que la rue,» confie une pauvre fille boulimique à Charley, étonné de ce qu’elle endure. Il évite le piège de l'enlisement, rendons grâce à sa tante Margy.

     


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