• Six d'un coup

     

     

    La maternité ferme le lendemain. L’inventaire est en cours, les infirmières boivent le verre de l’adieu. Une femme sur le point d’accoucher arrive seule en titubant. Aussitôt, la sage femme et le personnel accomplissent les gestes cent fois répétés. La mère reconnaît Claire. Elle s’adresse à l’accoucheuse.

                                                          

    - Vous m’avez sauvé la vie à la naissance. On ne trouvait pas de donneur compatible et vous m’avez donné votre sang.

    - Ah oui, je me souviens très bien. La petite Émilie… Ça fait combien de temps ?

    - Il y a vingt-huit ans.

    - Déjà…   c’est presque toute une vie...

    C’est son histoire que Martin Provost raconte en partageant un sixième accouchement dans Sage femme, qui n’est pas un film sur la profession. Le cinéaste rend hommage à ces ouvrières de l’ombre,  parce qu’il a été sauvé sur le fil dès son arrivée sur terre par une de ces femmes modestes et  discrètes, autant qu’indispensables. Plutôt qu’une ode au métier, nous assistons à une renaissance à la vie et des retrouvailles placées sous le signe du pardon. Claire croyait avoir définitivement enterré son passé et voilà que Béatrice réapparaît dans sa vie bien ordonnée, un tantinet monotone.

                                                                

    Béatrice a été la maîtresse du père de Claire, puis a disparu sans laisser d’adresse, au grand désespoir de son amant. Béatrice, égoïste et insouciante, est le contraire littéral de Claire. Celle-ci surmonte néanmoins  sa rancune et sa colère, aidée par l’amour naissant avec un voisin de potager.Elle prend soin de cette grande malade et apprend la légèreté à son contact. Claire suit  sa nature : «  je ne peux pas la laisser ainsi ». Pourtant, Béatrice lui en fait voir de toutes les couleurs. Fauchée, elle joue l’argent qu’elle n’a pas, elle boit et elle fume, ce qui est très mauvais dans son état. Béatrice n’écoute personne, sinon son appétit de vivre.

    Les deux grandes Catherine (Deneuve et Frot) s’entendent comme larrons en foire ; elles déploient leur immense talent au service d’une intrigue simple et réconfortante. Les séquences d’accouchement ont touché mon épouse alors que je me demandais pourquoi il y avait tant d’incursions dans les salles de travail. Une fois encore, l’histoire personnelle du réalisateur a guidé et habité son projet, conférant à Sage femme (22 mars) une vibration puisée dans le réel. Les accouchements ont été tournés en Belgique (la France l’interdit) avec le consentement des parturientes, négocié à six mois de grossesse. Catherine Frot a même suivi une formation de sage femme. Son émotion est perceptible à chaque délivrance. Nous avons traîné à voir ce film inscrit sur nos tablettes depuis belle lurette. Cet accouchement tardif a renforcé notre plaisir, doublé d’une adhésion au propos critique sur la médicalisation de la médecine.


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