• Signatures du passé

      

                                        
                                                                        Ridendo e scherzando (2016) Poster

     

    A la recherche d'un sujet d'article, j'apprends que les filles d'Ettore Scola, décédé récemment, ont signé un documentaire à la mémoire de leur père chéri. Ridendo e scherzando a été présenté à la Fête du cinéma à Rome en octobre dernier. Il sera distribué dans les salles italiennes le mois prochain.                                          

                                        

    Silvia Scola Scriptwriters Silvia Scola (L), Paola Scola (R) and Film ...   Paola et Silvia ont scénarisé et réalisé le film, composé d'archives, de vidéos familiales et de vidéos inédites      sur les coulisses de cinquante ans de tournage.                       

    Puis, j'ai pensé à la fille de Jacques Tati par association d'idées. Sophie Tatischeff a également perpétué l'oeuvre de son père de différentes manières.

     

                                       En1988, elle réalise un documentaire Tati sur les pas de Mr.Hulot,                diffusé à la télé. Sept ans plus tard, elle produit et monte Jour de Fête en couleur, tourné par son père et qui à l’époque ne put être tiré. Il sort en 1995 pour le centenaire du cinéma. Ce n'est pas tout. Elle fonde Les films de mon oncle destinée à racheter les droits des films de son père. Elle ressort des copies restaurées de ses films, notamment une version intégrale de Playtime, film remonté plusieurs fois, qui a ruiné Tati.

    Sophie s'est épuisée à payer cher les droits sur les films de son père. Elle s'est battue bec et ongles, personne ne lui a fait de cadeau. La fille récupère le patrimoine familial quelques mois avant sa mort d'une longue maladie cachée à tous. Son cousin prend heureusement la suite.

    Sophie et Jacques, c'est une longue connivence, dès la plus tendre enfance, sur le tournage de Jours de fête.                                                                                                                                              

     

     

     

     

     

       Dans Playtime, qu'elle restaure méticuleusement, Sophie joue une hôtesse muette et rayonnante. Elle a vingt ans. Elle meurt à cinquante-cinq ans, à l'orée du 21ème siècle, la conscience tranquille, ayant réussi à rendre impérissable  les images nées d'un comique génial.

    Poursuivant mes associations d'idées, j'ai pensé à Martin Scorcese, lancé lui aussi dans un travail de fourmi, sauver les chefs d'oeuvre du cinéma en péril. Le syndrome du vinaigre menace 60% des films sur support acétate réalisés après1950. Trois quarts des  films de l’ère nitrate, support hautement inflammable et dégradable, produits avant les années 1950 ont déjà disparus. C'est pire encore pour les films muets,

    il ne subsisterait que 15% de la production mondiale. Quant aux images numériques, rien n'est prévu Martin Scorsese pour les conserver à long terme. Scorcese a donc créé la Fondation mondiale pour le cinéma en 2007. (Une exposition lui est actuellement dédiée à la Cinémathèque de Paris).

    Le réalisateur veut non seulement restaurer le film  mais le montrer. Une centaine d'autorisations sont parfois nécessaires avant de commencer la restauration. Le conseil d'administration de la Fondation comporte de grands nom du cinéma issu des quatre coins du monde, autant d'yeux à l'affût de copies mémorables. 

    Les cinémathèques mondiales accomplissent également un travail remarquable mais les moyens manquent. Il faut donc compter sur l'initiative privée de professionnels amateurs éclairés, la volonté familiale ou la passion d'un collectionneur invétéré comme Quentin Tarantino, pour sauver l'essentiel d'un art aussi estimable que la littérature ou la musique.

     

    C'est au New Beverly que Tarantino a découvert Godart. Tarantino possède un nombre incalculable de copies 35 mm qu'il considère comme ses bébés, lui qui est toujours sans enfants. Il  partage ses trésors dans une salle à Los Angeles sauvée de la relégation en salon de coiffure. Le The New Beverly ne désemplit pas. 

    Mes rebonds mnésiques s'arrêtent ici. Mon cerveau a établi les connexions voulues pour échafauder l'article du jour. Je n'ai pas dû puiser loin dans ma mémoire. Les circuits neuronaux ont chauffé instantanément stimulés par une tâche immédiate. La mémoire de travail a été productive. Ce type de mémoire retient ce qui est pertinent dans l'instant et assure des va-et-vient avec la mémoire à long terme. C'est prodigieux le cerveau, surtout quand une dimension affective régit les associations d'idées.

    La dévotion des filles Scola et Tati à leurs pères m'a  certes touché mais un lien latent avec mon histoire m'est apparu au cours du repas qui a interrompu mon écriture. C'est mon père qui m'a fait découvrir le grand Jacques quand j'avais cinq-six ans...  Merci à tous!

     

                                              Après avoir lu cela, n'attendez plus pour goûter aux joies et émois du

                              Prochain atelier Cinémouvance le 27 février 2016 sur les secrets de famille

     

     


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