• Seul contre tous

     

     

     

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    Il coule dans ses veines des émotions débridées. Il tient ça de son père, confie Winston Churchill au roi George VI lors de leur rituel lunch du lundi où le monarque et son premier ministre font le point. Winston n’est pas le choix du roi. Il aurait préféré Lord Halifax pour remplacer Chamberlain, trop mou face à l’ogre nazi. Mais Halifax a décliné l’offre, ce n’est pas son heure, explique-t-il. Nous sommes en mai 1940, l’opposition accepte de se joindre à une grande coalition pour faire front à Hitler, à condition que Chamberlain démissionne. Le vieux lion, surnommé cochonnet par son épouse, est le seul à pouvoir rallier la faction adverse. Personne ne sait sur quel pied danser avec cet homme bougon, porté sur le whisky et un tantinet fantasque.

    - Vous faites peur, savez-vous, monsieur le premier ministre.

    - Balivernes. Pas à vous, tout de même, Majesté.

    - Si, si, je suis terrorisé. On ne sait jamais ce que vous allez dire, des paroles aimables ou des mots durs.

                                                             Les Heures sombres : Critique qui ne rend pas les armes ...

    La conversation dévie ensuite sur les parents de Winston, un père souvent ailleurs et une mère charmante qui a été trop aimée. Le roi sourit, L'homme lui apparaît sous un jour nouveau. George VI sait ce qu'est un père absent, lui qui a vécu dans l'ombre de son aîné avant de succéder, contraint et forcé, à son frère préférant marier une roturière.

    Le premier ministre frais émoulu a bien besoin de soutien. Il est quasiment le seul à la tête de son cabinet de guerre à vouloir résister aux puissances de l’Axe. Halifax et Chamberlain le poussent à négocier avec Hitler en passant par Mussolini. " Winston laisse tomber le fantasme romantique de lutter jusqu'à la dernière goutte de sang ", supplie Halifax.

    « Foutaises, on ne négocie pas avec les dictateurs. Les allemands n’ont pas le pied marin, ils n’arriveront jamais à prendre notre île, invincible depuis des siècles."

    Précisément, 300.000 soldats britanniques sont bloqués à Dunkerque. Franklin Roosevelt, joint au téléphone, se cantonne à une stricte neutralité. Churchill lance alors l’opération Dynamo, réunir la plus grande flotte civile de tous les temps pour rapatrier les Tommys et engager la guerre. Il y a un prix à payer : le sacrifice d’un bataillon de 4.000 hommes priés de harceler l’ennemi à Calais et de le détourner ainsi de Dunkerque. Une décision terrible qu’assume le stratège (pas plus sûr que ça) et qui fait blêmir Halifax et consorts.

    Les heures sombres # ugc george v - OnVaSortir! Paris

                                                               Son cabinet de guerre presse Churchill de plaider la politique de l'apaisement, c’est-à-dire une capitulation avant l'heure au Parlement. Le premier enrage. Il reçoit le soutien inattendu de George VI venu lui rendre visite au 10, Downing Street. Le roi est en colère, il n’entend pas non plus plier devant la peste nazie. Il suggère à Churchill de prendre le pouls des londoniens.

    - Vous n’avez plus peur de moi, alors, Majesté ?

    - Encore un peu, mais je surmonterai facilement.

    Winston réfléchit. Il commence à dicter un télégramme à sa précieuse secrétaire. Il remarque la photo d’un jeune soldat à côté de la machine à écrire.

    - C’est votre galant ?

    - Non, mon frère.

    - Oh ! Et où est-il maintenant ?

    - Il est mort à Dunkerque.

                                                           Photo du film Les heures sombres - Photo 16 sur 42 - AlloCiné

    La secrétaire hausse le torse, refoule ses larmes, regarde au loin, les doigts toujours sur le clavier. Une grande dame. Nous continuons, monsieur ?

    Winston suit le conseil du roi, il descend dans le métro. Il fait un sondage minute. Il mesure la détermination du peuple, hérissé à l’idée de capituler, de renoncer sans combattre. Il consulte ensuite son cabinet extérieur, les membres de son parti et quiconque présent dans les couloirs du parlement. Deuxième soutien inconditionnel. Celui qui a voulu être premier ministre dès le berceau, qui est « sage parce qu’il est imparfait », dit son épouse, est prêt à tenir un discours enflammé. Son verbe galvanise la Chambre des communes. Chamberlain se résout à voter pour la motion de résistance, entraînant le parti conservateur à sa suite. Il a changé d’avis au grand dam de Lord Halifax. Vingt jours à peine se sont écoulés depuis la nomination de Churchill le 10 mai 1940, à 65 ans, le plus âgé des dirigeants alliés.

     

     

    Sir Winston Churchill en 1942.                        Trailer du film Les heures sombres - Les heures sombres ...

    Une formidable tranche d’histoire en deux heures de grand écran. Gary Oldman est extraordinaire dans la peau d’un grand homme d’État. Il a mérité son Oscar. Le film, sorti à la mi-janvier tourne toujours. La salle était bien remplie hier. Exaltant ! Le public applaudit souvent à la fin. Nous avons besoin de figures tutélaires.

                                Le succès n'est pas final, l'échec n'est pas fatal, le courage, c'est de continuer.

     


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