• Sept de cœur

     

    Ciné-narration parisienne

    C'est donc samedi 23 septembre prochain que j'aurai le plaisir de parler des ciné-clubs sur le pouce, de la ciné-narration et de mon prochain livre en prélude au spectacle  Les couples légendaires, au bar du théâtre Clavel, à partir de 17h30.  Ensuite, une  fervente lectrice de mon ouvrage précédent donne un concert cinéphile à 19h. Karine Abitbol a choisi la scène pour exprimer son amour du cinéma. Elle chante, raconte et dialogue avec son pianiste. Rendez-vous est pris !

     

     

     Seven Sisters : Affiche

    Je devais en avoir le cœur net. La critique belge a littéralement descendu les Seven Sisters tandis que la France était plutôt indulgente. À voir les chiffres de fréquentation, je veux croire que la presse spécialisée a encore du poids. Noomi Rapace cartonne en tête du box-office de l’Hexagone, à près d’un million d’entrées en deux semaines. Chez nous, les sept clones glissent à la treizième place. Comme j’ai un petit faible pour l’actrice polymorphe suédoise, aussi à l’aise dans les films d’action –Conspiracy- que dans une partition dramatique –Beyond-, j’ai enfourché mon vélo et me suis rendu dans un multisalles pour me forger ma propre opinion. Je voulais également étayer une hypothèse dont je vous parle que j’expose ci-dessous. J’ai donc sacrifié à mes principes en m’asseyant  dans une salle pop-corn et en  acceptant l’aversion doublée. Vous le valez bien.

                                                 Seven Sisters : Photo Noomi Rapace

    Et ça valait le déplacement, hormis un final cucul la praline. Le décor est planté d’emblée. La terre est surpeuplée. Le réchauffement climatique provoque des mouvements de population. L’espèce est en voie d’extinction si l’homme continue, non pas à polluer, mais à enfanter sans retenue. Le bureau des quotas des naissances veille à la graine. Chaque famille a droit à l’enfant unique. L’excédent est cryogéné (congelé) en attendant des jours meilleurs. Un grand-père refuse la loi inique. Il cache les sept bébés de sa fille morte en couches. Il leur donne à chacune le nom d’un jour de la semaine. Lorsque les sept sœurs ont l’âge de raison, elles écoutent leur papy donner la clef de leur survie.

    « Vous sortirez tour à tour un jour par semaine, celui correspondant à votre prénom. Vous partagerez une seule identité, celle de Karen Settman. Vous allez former une équipe terrible, sept cerveaux valent mieux qu’une seule tête. » La sœur de sortie raconte sa journée le soir aux six terrées dans leur appartement-refuge, mélange de technologie et de vestiges de l’ancien temps. Le subterfuge tient trente ans.

    Seven Sisters : Photo Lara Decaro, Willem Dafoe La situation me prend directement aux tripes.  

                                                          J’applaudis l'intelligence collective liguée contre la dictature bête et horrible. Les tempéraments se cognent et se complètent de Lundi à Dimanche. Je m’attache à l’équipe, moins aux individus. Le spectateur n’a pas l’heur de se familiariser avec l’une ou l’autre, pris dans le tourbillon frénétique de scènes d’action lorgnant sur Atomic Blonde. La rage de survivre à la traque permanente m’impressionne. Elles se battent avec l’énergie du désespoir, la plus fragile compensant sa faiblesse physique par une connaissance hors pair des outils digitaux. Quelques scènes sont très dures ( accès interdit au moins de douze ans).

    J’assimile leur résistance au diktat à l’opposition que je manifeste autant que possible à la numérisation intégrale de la société. Je pense aussi à cet ami qui milite dans les médias en faveur de la dénatalité sur une planète incapable d’assurer le bonheur universel. Bref le film me parle, me mobilise au-delà de son étiquette de film anodin. J’en viens à supputer les raisons de son succès en France, nation plus connectée encore que la Belgique. La démultiplication des personnalités portant une même identité a dû plaire à la jeune génération à l’affût d’un profil aimable sur les réseaux sociaux.  Une des sœurs, lassée de cette vie souterraine profère ces terribles paroles ; je ne sais plus ce que je crois, je ne sais plus qui je suis.

                                             Seven Sisters : Photo Noomi Rapace

    Comment naviguer dans le monde des data ?  Comment distinguer le vrai du faux ? Que garder, que laisser ? Le philosophe Pascal Chabot rappelle dans un essai clairvoyant que « c’est à nous qu’il revient de décider qui nous voulons être. C’est à nous d’élire, entre les dimensions qui nous composent, celles qui comptent le plus… » « …  Chacun recèle en lui-même de nombreux personnages, qui cohabitent comme ils peuvent et parfois s’affrontent dans des conflits intimes qui déchirent la personne… » Les sept sœurs (sortie le 30 août) forment un tout, réunies sur la main qu’elles composent au nom de la solidarité. Esprit d’équipe, entraide, amour fraternel, trois valeurs remises au goût du jour, au détour d’un film en apparence insignifiant. Ce sens singulier né de ma posture de spectateur engagé, intentionné, a peut-être résonné à l’identique en France, chez un public sensible au message se nichant entre des séquences de baston convenues. Nous ne saurons jamais ce que pense le public américain, les sœurs sont sorties directement en vidéo à la demande.

    En tout cas, deux personnes interrogées à la sortie, n’ont vu qu’un film d’action, « bien trop lent au début (temps d’exposition du contexte et mise en situation des septuplées). On a eu peur de s’ennuyer, après ça allait fort, heureusement.» C’est le moment de redire que chaque séance est unique, conditionnée par l’humeur du moment, le thème du film, l’implication du spectateur dans l’histoire montrée, plus ou moins proche de la réalité.

     

     

     


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