• Sens et Passion

     

     

                                      

    Du cinéma dans le cinéma. De la romance et de la passion sous les bombes. Their Finest allie humour, légèreté et gravité dans un hommage au peuple britannique et au septième Art, sous la houlette d’une cinéaste danoise, plus british que la tour de Londres. On pleure, on rit, on soupire comme trente millions d’Anglais qui allaient chaque semaine au cinéma en 1940 pour se changer les idées. Le ministère de l’information, conscient du potentiel dérivatif du grand écran a même créé un département films.

     

                                                   Their Finest : Photo Bill Nighy, Claudia Jessie, Stephanie Hyam

    Catrin (prénom à la sauce galloise) est engagée dans l’équipe de scénaristes chargée de concocter des films qui remontent le moral des troupes et du pays entier. « Le cinéma, c’est la vie sans les moments ennuyeux ». Elle est chargée de donner une touche féminine aux histoires candides torchées par des mâles condescendants. Imaginative et bonne plume, elle devient vite un rouage indispensable dans la grande aventure que constitue la production d’un film. Elle gagne sa vie, au grand dam de son amoureux, peintre des désastres de la guerre, amant falot et triste. Celui-ci la quitte et permet à la jeune scénariste d’écrire sa propre histoire aussi prenante que la confection d’un long-métrage sur deux sœurs héroïques, volées au secours des soldats pris dans la nasse du débarquement raté de Dunkerque. Catrin (Gemma Arterton) doit bagarrer ferme pour étoffer des rôles féminins considérés comme des «résidus». Sa détermination et sa patience forcent l’estime de ses collègues masculins. La muse parvient même à amadouer un vieil acteur bougon, narcissique et terriblement drôle (Bill Nighy).  

    Lone Scherfig rend admirablement le stoïcisme de londoniens, continuant à fréquenter les restaurants, en dépit d’un veau malingre et d’un pudding à la semoule insipide. Il faut un solide moral pour subir les alertes à la bombe, survivre aux explosions à deux pas de chez soi ou buter sur des cadavres, passés de vie à trépas en une seconde. Catrin est choquée. Elle met plus de fougue encore à remodeler, à peaufiner un script soumis aux injonctions du ministre de la guerre et aux caprices des acteurs. Le gouvernement entend convaincre les États-Unis d’entrer en guerre. Les scénaristes sont priés d’intégrer un héros américain à un récit insulaire. Le vieux comédien sera son mentor, stimulé en douce par Catrin, omniprésente.

    Le final réserve une surprise. Trois semaines de raccord en studio orchestrent une progression dramatique inattendue. Le spectateur est KO à l’image de Catrin, tiraillée entre chagrin et devoir. Elle se console en prenant place parmi les spectateurs enthousiastes du film qu’elle a initié. Le public rit et pleure, applaudit et revoit le film.

                                                        Their Finest : Photo Gemma Arterton, Sam Claflin

    Their Finest est une magnifique réussite, tant sur le plan narratif que pictural. Les paysages de la côte britannique, l’atmosphère fiévreuse martelée du cliquetis de grosses machines à écrire, composent des tableaux intimistes. Le regard est séduit par le souci artistique porté à de courtes vues qui accrochent le regard. Courez voir ce petit bijou (17 mai), encore visible dans plusieurs salles belges et encore à sortir dans l’Hexagone.

     

     

     


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