• Se faire la malle

     

     

     

    J’évoquais le 15 mai  le casse-tête des producteurs et des distributeurs d e films, partagés entre des recettes incertaines en salles et le maigre apport d’une sortie en vidéo à la demande (VoD). Une bonne moitié des sorties reportées ou à peine entamées ont opté pour la  VoD en France, grâce à une dérogation exceptionnelle à la chronologie des médias concernant les films en salle le 14 mars. Le délai de quatre mois de gel après la sortie physique a sauté pour la vidéo à l’acte, à ne pas confondre avec la vidéo sur abonnement (SVoD) qui reste soumise à trois ans d’attente ou de 15 à 17 mois pour les plateformes qui financent la production française. Les distributeurs et producteurs fidèles à la salle reportent les sorties à l’automne et même à 2021. La France, premier productrice européenne de films donne peut-être le La de la diffusion amendée des films entre deux eaux.

     

                                                       

    La reprise en salles sera famélique. Les distributeurs hésiteront à lâcher leurs pépites dès la réouverture tant les cinémas seront soumis au régime maigre des barrières sanitaires. Si nous jouons le jeu, déclare un distributeur belge, nous devrons être soutenus financièrement. Encore un secteur en demande. En Belgique, la culture représente à peine 5% du PIB, trop légère pour peser sur les décideurs. Pourtant, quand une salle ferme, elle rouvre rarement.

    Cette obligation de distanciation sociale dans les espaces de projection est difficile à avaler alors que les compagnies aériennes en sont exemptées sous prétexte que l’air est renouvelé toutes les trois minutes. La plupart des salles sont climatisées aussi, non ? Mais l’aéronautique, c’est du lourd : trois milliards de passagers annuels et 58 millions d’emplois direct et indirects (les avions sont aussi de grands propagateurs de virus). La fédération des transporteurs aériens réclame 200 milliards d’aides publiques. Colossal !

     

                                                                 Plage, Foule, Vacances

    Le soutien au déconfinement changera de vitesse selon que vous êtes puissant ou misérable. C’est une évidence, il faut sauver les vacances d'été. Le tourisme européen absorbe 150 milliards d’euros par saison et procure de l’emploi à 27.3 millions de personnes. L’Italie, la première à rouvrir ses frontières, le 3 juin, tire 13% de sa richesse du tourisme. La Grèce grimpe à 21% de revenus et lève les barrières le 1er juillet. Les voyagistes bradent les prix. Ça presse tous bords, en écho à l’envie de bouger du citoyen européen. Les seconds résidents belges, eux, menacent d’attaquer l’État en justice, si l’accès à leur foyer balnéaire n’est pas rétabli rapidement. Voilà bien un émoi qui me fait grincer des dents.

    Nous sommes chaque instant créateur de nous-mêmes, écrit le philosophe Marcel Conche, parle du confinement

    C’est chose tendre que la vie et elle est aisée à troubler, signe Montaigne dans ses Essais.

     

    Ces deux assertions énoncées dans La grande librairie, jeudi dernier, souligne la fragilité et le potentiel de l’être humain. La période extraordinaire que nous vivons a vu chaque jour des gestes créateurs de solidarité et de réconfort. Beaucoup ont profité de la mise au chômage forcé pour redécouvrir leurs enfants, raffermir leurs liens conjugaux, dépoussiérer leurs aptitudes manuelles et aussi réfléchir au sens de la vie. Les apports de ces régénérescences sont incommensurables, non quantifiés dans le bilan de la remise en route. On aurait tort de négliger la transformation psychique du confiné, bénéfique ou néfaste, l’avenir nous le dira.

                      Les amants de l'été 44 par Lebert                                                                            Les Amants de l'été, tome 2 : Pour l'amour de Lauren par Lebert

    L’humain n’est pas que raison, il est aussi déraison et passion. La lecture de Karine Lebert, Les amants de l’été 44 et Pour l’amour de Lauren* (dépaysement assuré à défaut de grande littérature) me plonge dans l’eldorado rêvé par les war brides, ces jeunes filles qui ont épousé leur sauveur américain sur un coup de tête à la libération. Elles ont quitté famille, amis, patrie, dans un incroyable saut vers l’inconnu. Ces jeunes étourdies ont survécu avec des fortunes diverses, elles ont surmonté leurs peurs, elles ont forgé leur destin. Quel cran ! Un courage identique, lesté d’un brin d’utopie devrait fonder une nouvelle vie expurgée du virus et du consumérisme.

    La chanson du jour, un brindille au bord de la piste dimanche à Orly

     

    * Ce récit en deux volumes, l’enquête d’une petite-fille entre la Normandie et la Louisiane, à la recherche de ses racines cachées, recèle un fort potentiel de téléfilm, voire de long-métrage à gros budget.  

     

     

     


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