• Scribe, un bien dangereux métier

     

     

     

    La mécanique de l'ombre, (11 janvier)

    « Je me méfie des technologies numériques qui rendent la circulation de l’information trop fluide et incontrôlable. Je préfère la bonne vieille la machine à écrire et les cassettes. Vous savez taper à la machine, Mr Duval ? »

    L’énigmatique embaucheur donne des consignes très strictes à Duval, chômeur et abstinent depuis un an. Ce boulot paraît un peu louche mais Duval a peur de craquer s’il n’a pas de quoi occuper ses journées, à part des puzzles géants étalés sur la table de la cuisine, la tasse de café à portée de pièces.

                                                   La Mécanique de l'ombre : Photo Denis Podalydès, François Cluzet

    Il accepte de transcrire des écoutes téléphoniques effectuées au nom de la sécurité nationale. Sa journée est réglée comme du papier à musique : 9h-18h, aucune sortie permise, broyage des feuillets contenant une faute de frappe. Ah oui, ouvrir et fermer les rideaux en début et fin de journée. A cette cadence, le métronome touche mille cinq cents euros par semaine.

    L’audition d’une cassette dramatique pousse Duval à remettre sa démission. A qui ? Le patron, Mr Clément, est injoignable. Il y a bien Gerfaut, son acolyte, mais le scribe réglo n’a pas confiance. Il a raison, Duval ; le voici mêlé à un meurtre, à un complot, à la guerre entre service de renseignement et police politique. Un vrai cauchemar. Notre homme est ballotté d’une voiture à l’autre, d’interrogatoire en interrogatoire. Il perd pied,vacille, ne cède rien à ses tortionnaires. Il parle un minimum et cherche intérieurement à s’extirper du bourbier.

                                             La Mécanique de l'ombre : Photo François Cluzet

    Thomas Kruithof signe un premier long-métrage sec, tendu, captivant, grâce notamment à François Cluzet, à l’aise comme un poisson dans un bocal dans la peau d’un solitaire taciturne. Son interprétation à l’économie trouve écho dans la rigueur et les plans épurés d’une histoire  d’espionnage tournée à l’ancienne, façon Corneau et Melville, bien sûr, pour l’esthétique du film noir. Cachet supplémentaire, les conversations épiées déroulent trente ans d’affaires ténébreuses agitant réseaux politiques et services secrets français, notamment les tractations dans la crise des otages du Liban, entre 1985 et 1988. Ces pratiques occultes prennent du relief  en cette année de présidentielles républicaines.

    Cependant, mon choix du jour a surtout été conditionné par la sympathie que je porte à François Cluzet, spécialiste des rôles de monsieur tout-le-monde sujet d'aventures extraordinaires. Il arrive toujours à humaniser un personnage a priori quelconque. C’est la deuxième fois (après Le dernier pour la route) que l’interprète dans quatre-vingt sept films incarne un alcoolique en voie de sevrage. Ce film de 2009 est repris dans l’ouvrage Le cinéma comme langage de soin, ouvrage centré sur la filmographie des films sur la dépendance, les usages et mésusages de l'alcool. L'utilisation du cinéma en apport thérapeutique autorise un regard différencié et critique sur le soin. André Gomez, psychiatre alcoologue, pense que le soignant cinéphile peut " développer un langage imagé, éclectique, référencé par rapport aux oeuvres. Le dernier pour la route est apprécié décrit en ces termes : un reportage sur une cure de désintoxication... L’histoire reste au niveau d’un témoignage émouvant.»

                                                    La Mécanique de l'ombre : Photo Alba Rohrwacher, François Cluzet

    La mécanique de l’ombre montre quelques réunions d’alcooliques anonymes. On y voit la remise d’une médaille après un an d’abstinence et les alliances possibles entre personnes dépendantes. Chapeau à ce premier film qui frappe d’emblée à la porte des grands.

     

     

     

     

     

     


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