• Rêvons

     

     

    C’est Noël. J’ai fouillé les archives de Cinémoithèque. Le 24 décembre 2014, j’évoquais la programmation de circonstance à la télé, Joyeux Noël et Love Actually. En 2015, je me fendais d’un haïku et de deux  poèmes en prose, jeu d’ombre et de lumière.

                                                                                

    Cette année, l’actualité renforce la sécurité autour des marchés de Noël. Le froid pique à peine les joues rosies par la course aux cadeaux. Un cinéma ferme ses portes dans ma ville. Huit salles définitivement vides. Je formule un premier espoir : le transfert du public orphelin vers le petit complexe d’art et d'essai désormais maître du centre. Namur compte dix-sept salles obscures pour cent  dix mille habitants, douze vouées aux films rentables.

    A compulser les chiffres de fréquentation en hausse dans plusieurs pays européens, 2016 a été une très bonne année pour le grand écran. Pourtant les diffuseurs traditionnels sont inquiets de la montée en puissance des fournisseurs d’accès à Internet, friands de contenus audiovisuels alléchants, vendus à bas prix. Les professionnels du secteur en France parlent de "période un peu critique", "moment clé", "transformation très profonde", "déstabilisation", "fléau".                                                           ... de la Culture. Il prévoirait de remettre à plat les « règles deLes usages de consommation des films évoluent à grande vitesse. Les diffuseurs traditionnels doivent impérativement s'adapter et créer de la valeur, sous peine d’être purement et simplement rayés de la carte à terme, lit-on dans le compte-rendu des récentes Rencontres Cinématographiques. Les éditeurs TV aimeraient que les opérateurs internet mettent la main à la poche pour préfinancer la production. D’accord, disent ces derniers, à condition d’écourter la chronologie des médias. Ladite chronologie établit un ordre de préséance étalé sur trois ans : d’abord la salle, puis le DVD, le film à la demande, la télé payante, la TV gratuite coproductrice jusqu’à la vidéo à la demande sur abonnement. En clair, les prestataires du Net entendent  accélérer la diffusion sur les écrans plus petits que le grand, en misant sur la télévision connectée. Le film verrait son exclusivité en salle réduite au strict minimum. Quel  désastre !

    Voilà des propos bien sérieux sous le regard courroucé du sapin, me direz-vous. Mon idée suit la vision de Brooklyn Village enfin projeté sur les écrans belges (14 décembre) trois mois après sa sortie en France. Ce petit film indépendant américain parle du déclassement social avec sensibilité et nuance sur fond d’amitié entre deux adolescents dont les parents luttent pour conserver leur rang ou leur activité.

                                                          

    Kathy et Brian héritent d’une maison à Brooklyn. Cela tombe bien, Manhattan était devenu trop cher. Au rez-de chaussée de l’immeuble modeste, Leonor bénéficie d’un loyer commercial dérisoire dans un quartier pauvre où les prix montent en flèche avec l’arrivée de la bourgeoisie moyenne éjectée des quartiers huppés. La modiste latino-américaine revendique un testament moral tacite

    lui garantissant un loyer modéré. La sœur de Brian veut l’expulser. 

    Dilemme pour le doux propriétaire, aux prises avec une carrière de comédien peu lucrative. Kathy fait bouillir la marmite, c’est elle aussi qui fait respecter les règles de vie commune (pas d’internet en semaine, pas au-delà de 17h le week-end). Tonio et Jake souffrent du conflit larvé entre leurs parents, ils font même la grève du silence pour ramener leurs «Vieux » à la raison. Le temps d’une jolie respiration musicale, ils parcourent Brooklyn sur skate et trottinette, jouent au foot et rêvent d’entrer dans une prestigieuse école d’art. Ici encore, la différence de revenus sapera l’amitié réelle entre deux ados aux tempéraments complémentaires ; l’exubérance de Tonio dégèle l’introversion de Jake (qui ressemble finalement à son père).

                                                               

    Ira Sachs pince juste la corde des sentiments, il aime ses personnages, pointe leur nature profonde et discrète dans des gestes en apparence anodins. Doux et tranquille, rude et réel. Un film descriptif, non prescriptif, le dos tourné au code moral qui départagerait Leonor et les parents de Jake.

    L’amie qui nous accompagnait a trouvé la fin triste. J’étais d'un avis différent. Mon épouse a beaucoup aimé la belle amitié entre les deux kids de Brooklyn. Ce fut une soirée (presque) tranquille, façon mini ciné-club.

                                                 Il est temps de formuler mon deuxième et mon troisième espoir

    Espoir d’eux : que les grands écrans continuent à accueillir des toiles à la valeur du temps consacré au cinéma nourricier.

    Espoir T(r)ois : un réveillon de Noël à l’image de notre soirée, paisible et chaleureux.

     

                                                                             JOYEUX NOËL (Oh Happy Days)

     


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