• Rétroplongée 86-88

    Tokyo fiancéeTokyo Fiancée (2014) - Stefan Liberskiadapté librement d'un roman d’Amélie Nothomb, ouvre ce soir la 29ème édition du festival international du film francophone de Namur (FIFF). Cette année, la programmation a belle allure et du beau monde arpentera la capitale de la Wallonie pour vanter la cinématographie francophone (j'ai un faible pour les films québecois rarement distribués en Europe et souvent primés à Namur). Le cachet du festival demeure la proximité du public avec les « vedettes », abordables sous le grand chapiteau.

    Le FIFF appelle un petit retour vers le passé, en même temps, aperçu des coulisses de la radio et de la télévision. J'ai la fantaisie de raconter quelques anecdotes autour d'un festival devenu un rendez-vous obligé de la cinématographie francophone. Je me cantonnerai à l'intervalle 1986-88. 

    Namurois d’adoption, j’ai connu le festival dès sa création en 1986. L’année suivante a été mon année cinéma à la radio. Journaliste politique à la RTBF, je n’étais pas censé couvrir les événements culturels. J’ai néanmoins forcé la responsabilité d’une émission cinéma sur la première chaîne l’espace d’un été. J’ai conçu, produit et co-animé Ciné-Rivages, avec des bouts de ficelle. L’émission devait meubler la grille d’été, un point, c'est tout. A l’époque, les vacances étaient synonyme de toiles maigres; j’ai donc emmagasiné de la matière au flux d'une douzaine de magazines, centrés sur un thème et un invité. Ce fut l’occasion de passionnantes rencontres avec les frères Dardenne, André Delvaux, Michel Deville, Jean-Loup Hubert, Yves Robert ... et Mahée

    Paiment, Une suite à Bach et Bottine un sacré tempérament. A 9 ans, l'héroïne de Bach et Bottine m'a laissé une impression indélébile. 30 ans plus tard,                                                                                      Mahée  est devenue une femme  d'affaires.                           Elle caresse un rêve  inouï: tourner la suite de l'impérissable Bach et Bottine. Le projet serait en chantier.

    Mes interlocuteurs ne connaissaient pas ce journaliste étranger au sérail culturel. Il fallait chaque fois gagner leur confiance (à part Mahée) et les persuader d’essuyer les plâtres dans une émission vouée à disparaître une fois l'été éteint. Je me souviens particulièrement du long entretien qu’André Delvaux m’avait accordé à son domicile.

                                                           

     

    Celui qui a longtemps été le seul porte-drapeau du cinéma belge ne donnait jamais d’interview en direct. Il aimait penser les choses. Je m‘étais donc muni de plusieurs bandes et de mon enregistreur Nagra. J’étais dans mes petits souliers. Delvaux venait de réaliser L'oeuvre au noir.

    Après un tour de chauffe, le voici entré dans le vif du sujet. Je lorgne d’un œil inquiet le ruban magnétique presqu'à son terme.Ca y est.  'interruption de la prise coupe André Delvaux dans son élan. Au lieu de recharger directement le Nagra, je rembobine la bande terminée pour faciliter le montage. 2-3 minutes s’écoulent dans un silence glacé. « Ce genre d’incident a de quoi me refroidir", souligne-t-il impatiemment. En grand professionnel et indulgent devant mon amateurisme, Delvaux a repris d’assez bonne grâce.

    Quelques mois plus tard,il m'a téléphoné après avoir écouté attentivement l’émission qui lui était entièrement consacrée. Il a exprimé son contentement et m'a félicité pour le découpage des deux heures d'entretien, ce qui a enfin dissipé ma gêne tenace à l’égard du grand artiste.


    J’étais plus à l’aise avec Urbanus, un humoriste flamand qui avait gagné le grand prix du festival d’humour de Chamrousse.                   Affiche Du Festival Du Film D'humour De Chamrousse De 1982, Format 40x60 Cm, Illustration Brétécher

    En quête d’interviews en vue d’un numéro sur l’humour, j’avais suivi le festival alpin, et bingo, un film belge décrochait la palme. Cette information a fait la une du journal parlé de 19H et du lendemain à 8H, tellement les éditeurs trouvaient marrant qu’un néerlandophone ait supplanté l’humour français et britannique.

    Après Ciné-Rivages, j’avais donc le profil  requis pour suivre la deuxième édition d’un festival encore balbutiant avec mon ami cameraman, Marc Simon, fervent cinéphile comme moi. Nous devions insister pour placer une séquence au Journal télévisé, tandis que le magazine interrégional accueillait un reportage quotidien.


                                    L’année suivante, Miou-Miou était à Namur pour La lectrice

                                                                                                    La lectrice : Photo

    L’interview eut lieu dans une librairie. L’actrice accepta finalement de lire un passage du livre à voix haute. La séquence fut montée en rythme sur la musique de Beethoven qui accompagnait les pas de la lectrice à domicile. C’est un de mes plus beaux moments de journaliste télé, particulièrement inspiré ai-je été, en cette après-midi de septembre 1988.


    La télévision n’a pas la souplesse et la simplicité de la radio. Quatre heures d’antenne en direct du FIFF  ont amené leur lot d’invités surprise. Peu avant minuit, je consacrais une séquence au nu dans le cinéma.

    Myriam Mézières,     actrice sulfureuse

     

     

    répliquait à la pudibonderie de Jean-Pierre Bacri

         

    Marie-Christine Barrault passe à côté du studio        io.

     

                                                     

    Elle était venue défendre Le jupon rouge (en VOD sur Arte) à Namur. Je la hèle d’un signe de main appuyé. Je lui fais écouter les deux positions tranchées de ses collègues et je lui demande réagir à chaud. Ce qu’elle fit avec talent et justesse durant un quart d’heure. A l'exposition ou l'occultation des corps, Marie-Christine préfère la suggestion et l'implicite. Le public amassé sous le chapiteau du FIFF buvait ses paroles. Pareils moments magiques sont encore possibles à Namur, en salles, en contacts inopinés ou... en rue.

     

                                                         


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :