• Retour sur soie

     

     

    J’ai résisté à la concordance de temps. J’ai vu Douleur et gloire cet après-midi alors que je pouvais le voir avant Cannes hier midi. J’ai longuement hésité car l’univers d’Almodovar est tellement éloigné du mien.Cela ne m'a pas empêché d'avoir aimé une bonne moitié des dix films vus depuis 1986, surtout ceux du début. Je ne pensais en avoir vus autant.

    Douleur et gloire : Affiche

    Nul effet de caméra dans cet opus lisse, sinon dans les différents angles sous lesquels Almodovar filme son chatoyant appartement prêté à son double Salvador, réalisateur vieillissant, en panne d'inspiration. Le cinéaste de la Movida se défend d’avoir tourné son autobiographie, il préfère dire autofiction. Dont acte. Seulement Salvador ressemble terriblement à Pedro : l’appartement, la dégaine, le passage à vide du cinéaste et l’homosexualité librement assumée

    Douleur et gloire : Photo Antonio Banderas, Pedro Almodóvar L’autofiction n’est pas chronologique au contraire de l'autobiographie. 

    Dans l'autofiction, les faits sont réels, égrenés suivant un deux fils saillants de l’existence. En l’occurrence, l’enfance de Salvador et la magie du cinéma, projeté sur les des murs blanchis à la chaux, sous les yeux émerveillés du gosse de neuf ans. La mère tient une place centrale ainsi qu’un ouvrier analphabète qui éveille l’orientation sexuelle du jeune Salvador. Le cinéma est pris comme seul remède au mal de vivre tandis que l’amour ne sauve pas l’homme de lui-même.

     

                                                    Douleur et gloire : Photo Asier Flores, César Vicente, Penélope Cruz

    Sous l’effet de l’héroïne, substance hallucinogène et dangereuse, présentée ici comme une porte d’entrée sur un passé enjolivé, Salvador fait la paix  avec ses acteurs, un amant toxicomane, sa mère et lui. Almodovar refuse le sentimentalisme, récuse les artifices du 7ième Art. L’addiction, texte qualifié d'aveux, que Salvador ressort d’un tiroir, sera interprété par un seul comédien, assis sur une chaise ou debout devant un mur blanc ceinturé de noir, non pas au cinéma mais sur une scène de théâtre, à un souffle du public.

    Le récit personnel compte plus que le scénario. Almodovar connaissant son histoire, il la reconsidère d’un regard neuf, faute de pouvoir remodeler des événements écoulés. «Le film n’a pas changé c’est ton regard qui n’est plus le même », lui dit son agente à propos d’une première œuvre vieille de trente ans, restaurée et proposée par la Cinémathèque.

    Douleur et gloire sert de catharsis publique à Pedro Almodovar. Tant mieux pour lui et pour ceux qui s’identifient à Salvador/Pedro. Dommage qu’il ait renoncé à vivifier l’histoire d’une vie, au risque d’ennuyer le spectateur  peu concerné par le réalisme de la narration.

    Un film plus auto que fiction, plus biographie que fiction. Quelque soit le genre, l'auteur a manifestement le désir de « saisir une vérité qui lui échappe le concernant, à conjurer le sort ou à expliquer le sens de sa vie ; il est son centre d’intérêt, c’est une position narcissique (Odile Pimet, Claire Boniface, Ateliers d’écriture, mode d’emploi.)

    Si Almodovar, toujours boudé à Cannes, décroche un prix, c’est à n’y rien comprendre… Je crains pourtant le repêchage des occasions manquées de celui qui a présidé le jury en 2017 (peut-être un prix d'interprétation pour Antonio Banderas).

     

                                                       Douleur et gloire : Photo Antonio Banderas


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :