• Retour de flammes

     

     

                                            Aurore : Affiche (26 avril)

     

    Aurore enlève pull et sous pull. Elle ouvre la fenêtre. Ses bouffées de chaleur sont torrides, mais la libido régresse. « Le stock d’ovocytes fond, explique un médecin à la femme ménopausée. Il n’y a rien à faire, il faut s’y faire. Le seul remède, c’est d’être philosophe.» Aurore encaisse, s’indigne, rit et pleure à la fois. Cette mère de deux enfants, divorcée, chômeuse et bientôt grand-mère alterne les humeurs. Aurore ne dramatise pas. Tout de même, sa fille enceinte, elle ne s’y attendait pas. L’histoire familiale repasse les plats et bombe les ventres très tôt. Globalement, elle a le moral. Elle revoit son premier amour, elle a un amant, elle démissionne de son boulot de serveuse. Il y a juste ces soirées où les souvenirs reviennent, de moments chéris avec ses petites filles, vestiges d’un temps révolu. Alors, elle ferme les yeux et danse sur un air de Nina Simone, le corps flottant, en légère gravité de la nostalgie

    d’une époque heureuse.  Aurore : Photo Agnès Jaoui

    Aurore voit du monde, choisi ou imposé. Elle découvre les conseillères emploi, le formateur à l’entretien d’embauche. Elle revoit les anciens de son école. Ces personnages secondaires agrémentent le deuxième film de Blandine Lenoir. Les silhouettes fugaces  sont drôles,  brossées avec tendresse et justesse. Elles forgent le regard d’Aurore sur sa nouvelle condition physique. Nulle n’est vraiment préparée à une modification du corps brutale, qui changerait le regard des hommes. J’emploie le conditionnel car Aurore, pas morose, séduit encore bien des cœurs. Les hommes s’agitent ou s’éteignent en arrière-plan d’une histoire de femmes qui s’adresse d’abord aux femmes. Totoche, le premier amour d’Aurore, est plutôt timoré ; son ex-mari, assez bohême ; les hommes dans la rue, très harceleurs. Aurore réécoute les cassettes que Christophe (Totoche) lui envoyait lorsqu’il faisait son service militaire.

                                                                    Aurore : Photo Thibault de Montalembert

    Elle a envie de recoller les morceaux d’un grand amour brisé de son chef. Comme une seconde jeunesse, une réécriture de sa vie amoureuse. Aurore nous est familière. Elle n’a rien de spécial, sinon un don qui ne sert à rien mais qui impressionne. Elle sait dire instantanément le nombre de lettres de chaque mot, de « rencontre » à « exceptionnel » (au féminin naturellement) comme l’énonce un admirateur pataud.

    Agnès Jaoui nage comme un poisson dans l’eau dans ce personnage écrit pour elle qui a cinquante- deux ans. Elle livre un portrait nuancé du « retour d’âge », enveloppé dans des dialogues succulents, allégeant la gifle mordante d’un déclin que la société juge fatal pour les femmes. « Nous vieillissons et on nous demande rester éternellement jeunes.» Quelle mascarade ! Aurore désamorce un sujet tabou avec entrain et humanité. Les trois spectatrices devant nous – disons dans la cinquantaine- pointaient souvent du doigt des situations connues. Les bouffées de chaleur spectaculaires d’Aurore déclenchaient un rire de connivence. Ça, c’est du vécu, Mesdames.

                                                                     Aurore : Photo Agnès Jaoui, Lou Roy Lecollinet, Pascale Arbillot, Sarah Suco

     


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