• Résonances

     

                                                 Prochain atelier de ciné-thérapie le 21 août à Namur         

     

    Ce matin, je sifflote en boucle le thème des Aventuriers, une des musiques de film sélectionnée en fil rouge d’une émission enregistrée hier. J’ai retrouvé les sensations du média chaud et souple qu’est la radio, éprouvées lorsque j’étais journaliste à la RTBF. Pascale Vanlerberghe, animatrice- conceptrice de La séance de 19 heures était au diapason de mes bandes originales.Cette résonance a installé le climat d’une belle heure d’antenne diffusée le 12 septembre, à 18 heures sur  Musiq3 (Oui, la grille des programmes change encore à la rentrée).    

                                 La résonance d’une musique, d’un texte, d’un récit survient souvent lors d’une rencontre.

    Subitement, un élément précis attire votre attention, vous rappelle un souvenir, fait naître des images issues de votre histoire personnelle. Exprimer cette résonance à votre interlocuteur, amplifie la connivence naissante de la rencontre. Une séquence des Aventuriers est inscrite dans ma mémoire, celle où Manu (Alain Delon) et Roland (Lino Ventura) Lino immerge le corps de Laetitia ( Joanna Shimkus) au fond de l’océan sur une partition mélancolique et douce de François de Roubaix.


    J’ai cru me souvenir du nom de la chanteuse qui accompagnait L'enterrement sous-marin. Je me suis trompé. J’ai nommé Danielle Licari alors qu’il s’agissait de Christiane Legrand. J’ai creusé la connexion que mon cerveau avait établie. Il se fait que les deux timbres de voix se ressemblent et que la chanson du film a des tonalités jumelles avec le Concerto pour une voix de Saint Preux, chanté par Danielle Licari.


    Le cerveau est prodigieux. Il enregistre même nos associations erronées et nous les ressert sous le coup de l’émotion. En évoquant cette séquence, j’ai repris la vibration vécue en 1967 et ressorti l’information fausse, jaillie du tréfonds de ma mémoire, persuadé d’avoir trouvé le nom qui m’échappait depuis si longtemps.

                                  Il en va ainsi des souvenirs. Chaque fois que nous les sollicitons, nous les reconstituons. Nous nous rappelons davantage du dernier souvenir de l’événement que de l’événement lui-même. Plus nous racontons  ou ressassons un souvenir, plus nous renforçons  son importance, au risque certain de le déformer. La mémoire est dynamique et impressionniste, autant savoir.


    Le récit de mes souvenirs filmiques a remué la mémoire de Pascale. Pascale Vanlerberghe  - Jean-Yves Limet © Je  la voyais puiser en elle et se remémorer les films marquants de son enfance et de sa vie d’adulte, animée par les plages musicales qui entrecoupaient l’interview. Il y eut quelques silences où nous étions chacun fugacement avec nos figures anciennes. Ce fond nourrissait la parole. Du fond à la figure, du fond à la figure, la séquence de contact était bouclée, selon la Gestalt.


    Des séquences de films s’inscrivent en nous de manière prégnante, selon un processus de sélection des formes significatives, bouleversantes ou stimulantes. Plusieurs critères organisent le choix : la similitude de vécu avec la situation représentée, l’intérêt pour le thème ou la motivation qui nous pousse dans la salle de projection.


    La figure retenue (plan, scène ou séquence) ne produit pas nécessairement du sens sur le moment. La signification apparaîtra après décantation à court ou à très long terme. Pascale me confiait n’avoir saisi la portée d’un de ses films préférés que des années après

    l’avoir vu.    

    Nous remontons un film, le nôtre, avec nos mots et ceux des autres. Nous communiquons notre joie et notre conviction d’avoir touché à l’universel, emportés dans un enthousiasme prosélyte. Le cinéma s’appuie sur le fait que nous communiquons réciproquement, publiquement, quelque chose qui bouge intérieurement. (Chiara Mangiarotti, Lacan regarde le cinéma, le cinéma regarde Lacan, École de la Cause freudienne, 2011).


    Le cinéma est un réservoir inépuisable de sensations, de sens, d’émotions et de rêve, vérité confirmée au fil des rencontres riches et variées à propos de mon livre.

    J'ai déjà parlé de musiques de film ici et


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