• Réplique sidérante

     

                                                     Blade Runner 2049 : Photo Ryan Gosling          

    Denis Villeneuve a vu Blade Runner à l’âge de quinze ans. Le film de Ridley Scott l’a marqué à vie, il a fondé sa vocation de réalisateur. Quand on lui a mis entre les mains le scénario de Blade Runner 2049 (4 octobre), le prodige a su qu’il était la personne indiquée pour créer un univers parallèle à l’œuvre culte de 1982. Surtout avec Ridley Scott en producteur exécutif. Le maître a adoubé l’élève. Il aime beaucoup la vision de Villeneuve, à la fois respectueuse du premier opus et novatrice sur le futur de l’humanité livrée aux androïdes, clones quasiment parfaits de l’humain.

    « On cherche tous un peu de réalité », regrette un Réplicant. Les humanoïdes souffrent d’être si proches de l’humain, sans toutefois ressentir des émotions, ni bénéficier d'une mémoire réelle.Cette mémoire qui nous situe dans notre histoire personnelle, l'histoire, qui fonde notre identité.

                                                         Blade Runner 2049 : Photo Ryan Gosling, Sylvia Hoeks

    « On se rappelle les souvenirs grâce aux sentiments qui les accompagnent », dit la meilleure créatrice de souvenirs implantés dans les androïdes dernier cri. Ana vit derrière une paroi vitrée depuis l’enfance. Elle s’immerge dans des décors virtuels. Aurait-elle ses propres souvenirs, ce qui expliqueraient la vibration de séquences intégrées à quelques robots ? Si Ana se souvient, cela voudrait dire qu’une machine ultra-perfectionnée, capable de développer ses facultés au point d’égaler l’homme, aurait pu enfanter un être de chair et d’os. L’officier K enquête. C’est un rétracteur d’humanoïdes déviants, comme son prédécesseur Rick Deckard, qui s’évadait avec Rachel, une  ravissante automate, à la fin de la première version du roman de Phlip K. Dick

                                        Blade Runner 2049 : Photo

     

    Réplicants, Réplicants, dites-moi, avez-vous une âme ? Qui est réel, qui ne l’est pas ? K veut dépasser sa condition de machine. La bio-ingénierie échoue encore à reproduire la texture psychique de l’homme. Même la compagne hologramme de K. désire connaître l’émotion. Elle essaie de se fondre dans le corps d’une vraie femme au cours d’une scène mémorable. Le cinéaste canadien inscrit sa démarche dans une quête identitaire métaphysique. Des plans-séquences, un scénario minimal donnent le loisir au spectateur de guetter le moindre trouble sur les visages impassibles de nos clones.

    L’enquête se déroule dans un Los Angeles post-réchauffement climatique. Un mur gigantesque ceint la ville sous la menace de la montée des eaux. La mégalopole étouffante contraste avec une nature dévastée, d’un blanc grisé glacial. Le directeur de la photo, Roger Deakins adopte une esthétique hypnotique, somptueuse, imprimant au film le cachet instantané de grand classique du cinéma de science-fiction. L’angoisse sourd à chaque plan, amplifiée par des décors construits physiquement, grâce à un budget colossal. Les effets spéciaux sont très discrets, toujours au service de l’histoire, à l’inverse des méga-productions habituelles. La matérialité de l'environnement donne de la chair au cinéaste et aux acteurs, aux prises avec de la matière et non un fond vert sur lequel on incriste ensuite des images numériques.

                                                             Blade Runner 2049 : Photo Ana de Armas, Ryan Gosling

    La partition musicale joue en écho de la musique originale de Vangelis de 1982. Les accents symphoniques portent une réflexion sur la genèse de l’homme, à l’avenir incertain. Le voyage est cérébral, visuellement époustouflant. De nombreuses questions demeurent insolubles. « Il nous enfume jusqu’au bout », commente mon fils épaté et fourbu. Malgré ses quelques accès de somnolence, il parvient à m’expliquer une clé du film que j’ai comprise de travers. Il est 23h20. Mieux vaut voir ce chef d’œuvre du genre en fin d’après-midi. J’y retourne prochainement, pour seulement regarder, sans plus essayer de comprendre. Les puristes gloseront à l’infini. Je dis simplement que le nouveau Blade Runner commence comme un western de Sergio Leone et termine comme un Tarkovski, sous la neige reposant nos cerveaux échauffés.                                                  

                                                     Check out some new images from Blade Runner 2049 | Live ...

     

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